lundi 8 février 2010

A l'assaut du trio infernal


Pratiquement depuis qu'il y a assez de linuxiens pour acheter des journaux spécialisés, on entend parler dans ces derniers d'un "trio infernal". Ce bel exemple de cliché et de langue de bois journalistique désigne un ensemble de trois logiciels: Apache, MySQL, PHP. Chacun de ces trois bazars pris individuellement ne peut intéresser que quelques informaticiens spécialisés, mais l'assemblage des trois engendre une merveille dont vous avez probablement entendu parler, chers lecteurs: le web, pas moinsse.

Bon, tout ce qui se trouve sur le web n'est pas fait avec le trio infernal au grand complet. Moi-même, qui ai pondu au fil des ans une grosse demi-douzaine de sites web, je n'ai jusqu'ici eu recours à aucun des trois pour y arriver. Mais le web n'aurait assurément pas l'importance qu'il a aujourd'hui s'il n'était organisé autour de ces trois larrons. Ils méritent donc bien une présentation.

Apache, symbolisé dans l'image ci-dessus par l'espèce de plume rouge (en fait, je crois qu'elle est multicolore, mais comme je suis daltonien, je simplifie), c'est le logiciel qui permet à un ordinateur de réagir aux sollicitations qu'il reçoit au travers du web. Quand vous consultez un site quelconque et que vous cliquez sur un lien quelconque, boum, voilà-t-il pas que de l'information apparaît sur votre écran alors qu'elle n'est pas enregistrée sur votre machine. Eh bien, le bazar qui a reçu votre demande d'accéder à cette information et qui vous l'a aussitôt expédiée, c'est presque toujours Apache. Ce nom d'indien est un jeu de mots à deux balles comme les geeks les aiment: ça se prononce "apatchi", donc "Apache software" se prononce "a patchy software" et se traduit par "un logiciel fait avec du sparadrap". Entendez que c'est un bazar fait de pièces et de morceaux qu'on a rassemblés à la va-vite et sans élégance. Etonnante appellation, non? C'est qu'Apache est un logiciel libre, sans but lucratif, initié au départ par des informaticiens bénévoles qui voulaient juste que ça marche le plus vite possible et tant pis si c'était moche. Or, ça a tellement marché que ça a permis l'existence du web, mais oui. Chaque informaticien de la planète a recours aux services d'Apache des dizaines de fois par jour. Quand ça marche (et la plupart du temps, ça marche), ça s'appelle du surf sur le web et personne n'a conscience de l'existence d'Apache. Quand ça débloque, généralement pas à cause d'Apache mais plutôt parce qu'un site web a été mal conçu, c'est encore Apache qui vous signale des erreurs, dont la fameuse page "404 Not found" qui vous signale que le document que vous avez demandé n'existe pas sur le serveur que vous consultez, en tout cas pas sous le nom sous lequel il a été réclamé. La prochaine fois que vous vous prendrez un 404 Not found dans la figure, au lieu de vous contenter de pester "saleté d'ordinateur" comme d'habitude (alors que pour une fois, votre ordinateur n'y est pour rien), lisez donc ce qui est écrit en tout petit en bas de la page: vous pourrez vraisemblablement y lire le mot "Apache" et vérifier par là-même que je ne vous raconte pas d'âneries.

MySQL, dont le logo représente un zoli dauphin, c'est un système de gestion de base de données très puissant et gratuit. Une très forte proportion des administrateurs système de la planète utilisent donc ce bazar pour stocker tout et n'importe quoi (principalement du texte, mais en trichant un peu on peut y mettre beaucoup d'autres cochonneries) et le retrouver très vite à la moindre sollicitation. Comme le web sert à diffuser tout et n'importe quoi, MySQL y est extrêmement utilisé.

Quant à PHP, dont le logo d'une consternante laideur représente... les trois lettres PHP (les graphistes ne se sont pas foulés, cela étant probablement dû au fait qu'en place de graphiste on a dû demander à l'informaticien le moins débordé de l'équipe de pondre un logo en cinq minutes pour faire taire ceux qui le réclamaient), eh bien PHP est le bazar qui fait le lien entre Apache et MySQL, et transforme le boulot de ces deux gentils messieurs en des pages web plus ou moins esthétiques, plus ou moins lisibles. C'est un langage de programmation informatique dont la principale fonction est... d'écrire du code informatique, ce qui, je le suppose, suffit à vous convaincre que ça n'est pas fait pour les débutants. Eh bien, vous vous trompez entièrement: PHP est fait pour des débutants (initialement, "PHP" voulait d'ailleurs dire "Personal Home Page") avec un effort particulier pour les nullards qui veulent s'y mettre en n'ayant rien appris de sérieux -- et pour le malheur de la planète informatique, c'est relativement efficace: des informaticiens même très mauvais arrivent à tirer quelque chose de PHP. Ca a l'air d'être sympa comme projet... Mais c'est un vrai tas de boue, inélégant au possible, susceptible de continuer de tourner cahin-caha même quand il a été programmé avec le pied gauche d'un cul-de-jatte... ce qui fait qu'un programme PHP même très mal écrit peut encore être enrichi ou plutôt alourdi même par des brêles complètes, jusqu'à qu'il soit tellement emberlificoté que plus personne n'y comprend plus rien et notamment pas les informaticiens qu'on paye pour essayer de le rendre moins dégueulasse. Si vous voulez voir quel type de daube informatique ça peut produire, connectez-vous sur le site de la SNCF.

Si le trio Apache-MySQL-PHP est infernal, c'est essentiellement à cause de PHP, ou plutôt des connards qui l'utilisent avant d'avoir appris à s'en servir. Seulement, comme PHP a été conçu à l'intention des nullards, et que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes (comme disait mon pote Descartes), tous ceux qui apprennent PHP réussissent à s'aventurer sur le web avant d'avoir appris les risques qu'ils y courent.

Ce qu'ils cherchent à faire, c'est à faire en sorte que leur ordinateur devienne un serveur, c'est-à-dire qu'il puisse réagir aux sollicitations venant d'autres machines connectées à Internet. Et vite, en plus. Avec PHP, ils y arrivent: leur beau-frère peut consulter de sa lointaine province, sans se déplacer, les photos de vacances qu'ils ont mises à disposition de la planète sur leur meugnon petit PC avec son Windows pourri (oui, le trio infernal peut fonctionner sous Windows; même quand il est programmé par des windoziens, ce qui est quand même très fort): la machine de Lutèce répond à ce que demande la machine de Trifouilly. Ou de Kiev, de Khabarovsk, de Jersey, de Ouagadougou ou Tegucigalpa. Ah zut! On l'avait oublié, il n'y a pas que des gentils sur Internet. Et ce qu'un gentil nullard peut faire avec PHP, un méchant nullard peut le faire aussi. Et si en plus le méchant est un peu plus compétent en informatique que l'employé de Microsoft moyen (ce qui n'est vraiment pas difficile), il va sans trop de peine utiliser pour ses coupables visées le trio infernal tournant sur la machine du nullard sans même avoir besoin de savoir où elle se situe au juste. Et la machine du neuneu équipée du trio infernal se met, à l'insu du neuneu, à envoyer du spam; à attaquer des réseaux bancaires pour essayer de trouver les mots de passe; à faire transiter les données cryptées des narcotrafiquants; à héberger de la pédopornographie. Ben ouais, ça existe vraiment.

Résultat des courses, les développeurs d'Apache, de MySQL et de PHP passent leur temps à sécuriser leurs bazars pour que les vilains pas beaux aient de plus en plus de mal à en prendre le contrôle à distance. Et pour cette raison, le trio infernal devient de plus en plus infernal: c'était déjà un tas de boue emberlificoté offrant des trous béants aux cybercriminels (oui, l'image est un peu hardie, mais qu'est-ce que vous croyez, j'ai bien le droit de faire du style). Eh bien, par à-coups, ça devient parfois aussi tâtillon qu'un fonctionnaire de l'état civil fan de Brice Hortefeux quand un mal blanchi né à Singapour d'un père congolais et d'une mère kabyle vient déclarer qu'il a perdu son passeport. Houlà houlà houlà, t'es qui, toi? Tu peux le prouver? Et d'abord, qu'est-ce que tu viens fiche sur mon site web? Tu me dis que tu es le même que celui qui est déjà venu il y a dix minutes, mais qu'est-ce qui me force à te croire?

Les cybercriminels s'en foutent probablement pas mal, en revanche les informaticiens pas tout à fait nullards qui s'attaquent au trio infernal trouvent ça un peu crispant: car les manip données comme tout à fait orthodoxes dans les manuels de 2008 sont devenues totalement acrobatiques, voire interdites, dès le premier trimestre 2009. Toutes les douze heures environ, l'un des trois loustics du trio infernal vous signale que vous devez absolument passer de la version 2.3.227 à la 2.3.229a bêta, qui n'a pas été testée à fond, à moins que vous ne préfériez la 2.3.228 qui, elle, a été testée, même qu'on sait qu'elle ne marche pas dans certains cas particuliers très rares, mais si, prenez-la quand même, ça devrait aller.

Dans le monde du logiciel libre où les forces du bien sont continuellement à l'oeuvre, il est apparu un projet sympathique, nommé Xampp ("amp" dans "Xampp" signifie "Apache-MySQL-PHP"), qui se propose de faire tourner le trio infernal sous Linux (c'est là que ça marche le mieux, mais ça existe aussi, hélas, sous Windows) dans deux configurations de base: 1) totalement ouvert à la cybercriminalopédopornographie, pour les tests; 2) totalement fermé au point qu'on n'arrive pas à s'en servir même sur une machine déconnectée se consultant elle-même avec les privilèges de l'administrateur système. Entre les deux configurations, il y a un peu de place pour les réglages qui vont bien... mais vous devrez les faire vous-même parce qu'il faut prendre en compte tellement de cas particuliers que personne ne peut automatiser ça.

Eh bien, je m'y suis attaqué hier. Souhaitez-moi bonne chance.

vendredi 5 février 2010

L'iPad, plus gros ordinateur miniature du monde


Crédit photo: Matt Buchanan.

Quel génie, ce Steve Jobs! Vise un peu la belle église! Enfin un ordinateur miniaturisé assez gros pour que les presbytes arrivent à lire ce qui est écrit dessus! Enfin un ordinateur sans clavier capable d'afficher un clavier ayant la taille d'un clavier et juste un tout petit poil moins ergonomique qu'un vrai clavier de messages SMS pour téléphones mobiles! Putain, c'est dingue! Et puis, ce qui est vraiment génial par rapport à l'iPhone dont cette tablette magique prend la succession, c'est que cette superbe babasse indispensable au snob moderne ne prend même pas la peine de prétendre qu'elle peut lui servir de téléphone! Quelle audace, quelle révolution! Plus rien ne sera jamais comme avant, comme à l'époque où les ordis servaient seulement à travailler alors que de toute évidence leur vraie fonction est de draguer les gonzesses (surtout celles qui aiment les beaux mâles à la barbe rase, comme Steve, et surtout au chéquier assez bien garni pour s'offrir ces dispendieux gadgets).

Evidemment que c'est la jalousie qui me fait tenir ces propos sarcastiques. N'empêche: fondamentalement, l'iPad n'est rien d'autre qu'un iPhone incapable de téléphoner et trois fois moins miniaturisé que son grand frère (grand frère qui, justement, se trouve être plus petit)... donc nettement moins cher à produire (en dehors de l'écran, pour lequel les économies d'échelle peuvent déjà être anticipées). Et la colossale finesse de Steve Jobs, c'est de vendre nettement plus cher une machine qui coûte nettement moins cher à produire. Dans le monde des geeks, on appelle ça un coup de génie... mais personnellement j'aurais plutôt tendance à trouver que c'est un exercice de foutage de gueule particulièrement réussi. Car immédiatement toute la planète est tombée amoureuse de l'iPad, veut un iPad pour Noël, veut partir au ski avec l'iPad, veut montrer à tout le monde les dessins des enfants sur l'écran de l'iPad. Rendez-vous compte: un ordinateur! couleur! avec un écran! rectangulaire! sans clavier! sauf si on veut lui en rajouter un! C'est vraiment du jamais vu. M'en mettrez quinze!

La chose a pourtant de réelles vertus. En premier lieu, elle ringardise superbement le pachydermique Windows 7 avec son interface tactile à deux balles: l'ergonomie de Seven est à celle de l'iPad un peu ce que le lyrisme de Paul Déroulède est à Dante Alighieri, ou la musique de l'Orphéon de La Garenne-Bezons à Franz Schubert. Pas la peine d'espérer que ça change: le beau Steve a déposé des brevets planétaires sur à peu près tous les gestes qu'on peut effectuer avec un, deux, trois voire quatre doigts. Je fais glisser le doigt vers le bas, le texte glisse vers le bas: brevet. Je tape un coup sur l'écran, ça simule un clic de souris: brevet. Je tape deux coups sur l'écran, ça simule un double-clic: brevet. Je secoue l'écran, ça l'efface façon ardoise magique: brevet. Tout est pris, breveté, verrouillé, sauf peut-être l'idée géniale de désigner un point sur l'écran en posant le doigt dessus: ça, c'est libre; et ça tombe bien, c'est tout ce que Windows 7 sait faire (et encore Microsoft n'a-t-il trouvé l'idée qu'en plagiant outrageusement la légendaire ergonomie des distributeurs de billets de la SNCF). Quant au mode de fonctionnement des cons d'ordinateurs à clavier, c'est plus que ringard, c'est carrément antédiluvien. Le clavier, c'est un truc de losers, une vieillerie, à peu près aussi attrayante pour le consommateur qu'une lampe à pétrole ou un phonographe à manivelle. Et je vous raconte pas comme je me sens couillon avec mon ordinateur à clavier (un MacBook, pourtant) et mon système d'exploitation avec une ligne de commande en guise d'interface homme-machine...

Passons. La seconde vertu du truc, c'est qu'on va trouver des livres électroniques vendus avec seulement 30 % de royalties pour Steve Jobs, contre... 70 % de racket sur les Kindle d'Amazon. Quand on vous disait que Steve Jobs était un idéaliste et que tous ceux qui le critiquent c'est rien que des jaloux.

lundi 1 février 2010

Informatiser les choux et les carottes


Je ne me trompais pas en pensant que l'informatisation de ma modeste collection de DVD serait plus formatrice que l'utilisation d'une base de données fictives, si complexe soit-elle. Avec des données réelles, même peu abondantes, on se rend tout de suite compte que non seulement les cas particuliers existent, mais que c'est justement leur gestion qui rend l'informatisation de la base de données intéressante.

En fait, personne n'a besoin d'informatiser une base de données peu abondante si elle est entièrement composée de données parfaitement standardisées. Si, par exemple, vous gérez le fichier d'une association d'une centaine de membres payant leur cotisation avec une régularité de métronome le 1er janvier de chaque année civile, toutes ces personnes étant dotées d'un patronyme, d'un prénom, d'un numéro de téléphone et d'une adresse uniques -- alors un simple cahier, ou dans le pire des cas une boîte à chaussures remplie de fiches en bristol, suffit largement à archiver toutes ces informations de façon propre, complète et facile à consulter. Vous pouvez aussi, bien entendu, stocker ça dans les lignes et les colonnes d'un tableur ou, si vous êtes vraiment masochiste, dans un fichier SQL: bien sûr que c'est possible, c'est même de la bibine.

Le problème, c'est que des données aussi parfaitement standardisées, ça n'existe pas. Dans la vraie vie, votre association comprend aussi des membres dont vous ignorez le nom mais dont vous devez quand même encaisser la cotisation parce que le gus vous a mis l'argent dans la main un soir où il vous a croisé dans un bar; des membres qui paient leur cotisation aux environs de la fin juin, ou qui en paient une partie en mars et le solde en septembre; des membres qui déménagent, ou qui vous laissent l'adresse de leur petite amie chez laquelle ils squattent quand ils passent dans votre ville; des bénévoles dont on a décidé de faire des membres d'honneur. Et ce sont justement ces cas foireux-là qu'il est le plus important d'informatiser: car le type qui vous a filé l'argent sans vous dire son nom se vexera si vous lui réclamez la cotisation qu'il a déjà payée, ainsi d'ailleurs que le bénévole qui paie largement de sa personne, mais exclusivement en nature; celui qui a payé en juin, selon les cas et l'humeur, vous prendra pour un rapiat, voire un voleur, si vous considérez qu'il a payé avec retard pour l'année en cours, ou vous considérera comme un branquignol si vous considérez au contraire qu'il a payé en avance pour l'année suivante; celui qui créchait chez bobonne vous signalera qu'il a changé de pied-à-terre en même temps que de bonne amie au moment le plus absurde -- un jour où il vous croisera dans le métro au bras de madame, par exemple, et je vous raconte pas la terrible scène de ménage si vous commettez l'erreur d'envoyer le rappel de cotisation chez son ex. Tandis que les membres bien standard qui paient recta le 1er janvier, portent un nom et un prénom bien chrétiens et ne déménagent jamais ne vous poseront jamais aucun problème, pas même si vous vous contentez de les gérer en notant leur nom sur un répertoire Clairefontaine à spirale et petits carreaux.

Voici donc la problématique à mon sens la plus intéressante dans les bases de données: il faut standardiser les données pour pouvoir les informatiser, mais dans bien des cas l'effort d'informatisation n'a d'intérêt que s'il vous facilite le travail avec les données non standardisées et, en fait, avec elles seules.

Dans le cas de ma petite collection de DVD, l'informatisation n'a à peu près aucun intérêt s'agissant des films d'anthologie. Par exemple, je n'ai aucun besoin d'écrire une requête SQL pour savoir que le Docteur Jivago a pour réalisateur David Lean et pour distribution Omar Sharif et Julie Christie: j'ai ça en tête, à supposer que je l'aie oublié je peux trouver ça dans Wikipédia ou dans n'importe quel dictionnaire du cinéma. Ce que je ne suis pas capable de dire de tête, en revanche, c'est ce qui concerne les acteurs de second plan ou les réalisateurs n'ayant que rarement rencontré le succès. Je donnerais cher pour avoir la liste complète des films où jouent John Turturro, Albert Finney ou Donald Sutherland, ce genre d'acteurs qui ne sont qu'occasionnellement crédités sur la jaquette du DVD, mais qui crèvent l'écran chaque fois qu'on leur accorde trois minutes dans un rôle de quatrième plan.

Du côté des réalisateurs, il y a le modèle standard qui fait une belle carrière en sortant un film à succès tous les dix-huit mois, genre Howard Hawks; aucun intérêt de l'informatiser: n'importe quel dico du cinéma vous reconstituera l'intégralité de sa carrière en deux coups de cuiller à pot. Beaucoup plus intéressant est le cas d'ailleurs pas si rare de l'acteur qui s'est mis à la réalisation à un certain stade de sa carrière, façon Sydney Pollack, ou qui a passé son temps à travailler simultanément des deux côtés de la caméra, façon Woody Allen.

Que faire de tels personnages? Les considérer comme des acteurs et oublier qu'ils ont parfois été réalisateurs -- ou le contraire? Les noter en deux endroits, au risque de se contredire ou d'être incomplet? Ou carrément mélanger les choux et les carottes dans une base de données d'"hommes de cinéma" où l'on pourrait occasionnellement ajouter des scénaristes et des dialoguistes?

dimanche 31 janvier 2010

La zique de quand j'étais jeune


Quand j'étais petit garçon, je m'étais promis de ne jamais employer l'expression "quand j'étais jeune", pensant (et faut être jeune pour penser ça) qu'on reste jeune tant qu'on n'a pas décidé que c'était fini. Dans quelques mois, je vais entamer mon deuxième cinquantenaire, et si je reste globalement assez d'accord avec cette volonté de nier l'évidence aussi longtemps que possible, je suis bien forcé de reconnaître qu'il y a aujourd'hui des domaines dans lesquels la jeune génération n'acceptera plus jamais de me considérer autrement que comme un vieux con. Sur ces points précis, je prouve plus élégant d'assumer que de nier l'évidence. Donc, à titre exceptionnel, je vais vous entretenir ici de la musique que j'écoutais "quand j'étais jeune" -- c'est-à-dire au temps pas si lointain des disques en vinyle.

J'y ai repensé parce que ce week-end, profitant de ce que l'on m'avait confié un enregistreur numérique ("de mon temps", ça s'appelait un magnétophone, mais justement ça n'a plus rien de magnétique), j'ai entrepris de convertir en MP3 quelques morceaux choisis extraits d'un carton de disques 33 tours qui traîne quelque part chez moi depuis... bah, depuis quelque chose comme 1991, en fait. Je peux encore et très provisoirement passer ces disques sur une platine à peu près aussi vieille dotée d'un saphir à peu près aussi vieux (et pas neuf, même s'il n'a pas énormément servi). Evidemment, ça craque comme un feu de bois, accessoirement ça saute un ou deux sillons, mais globalement ça peut être bouffé sans trop de problème par l'enregistreur, et sans micro en plus: croyez-le si vous voulez, un cordon de raccordement mini-jack tout ce qu'il y a de plus banal permet de connecter l'ampli de 1994 à l'enregistreur de 2009, et c'est là qu'on voit que l'analogique, c'est quand même rudement moins éphémère que l'informatique: même si mes vinyles vivent assurément leur derniers instants, ils restent audibles vingt à trente ans après leur achat, alors que je n'aurais pas la moindre chance de tirer quelque chose de mes disquettes de la même époque, ni même de mes sauvegardes sur Zip Iomega pourtant effectuées il y a seulement une quinzaine d'années.

A vrai dire, quand j'ouvre mon vieux carton de 33 tours, j'ai la consternation de constater que j'ai bien peu vécu l'époque de ma folle jeunesse dans le domaine musical. J'affirmais à l'époque -- et en fait, c'est toujours l'opinion que je professe par provoc -- que la musique était morte avec Schubert, et que rien de postérieur à icelui ne m'intéressait. Dans mon tas de vinyles, il y a donc très principalement de la musique classique (surtout produite par la Deutsche Grammophon), mais on trouve quand même quelques albums presque contemporains de votre serviteur -- généralement offerts par ma soeur, qui était dans ce domaine sensiblement plus contemporaine que moi; il y a aussi quelques titres offerts par mon cher père. Ces disques ne représentent donc pas vraiment mes goûts, mais je les écoutais quand même, et à les écouter craquer, il semble même que ç'ait été assez fréquemment.

J'ai écouté des trucs certes contemporains de ma folle jeunesse, mais déjà considérés comme ringards à l'époque. Tiens, voilà un disque des Compagnons de la chanson que j'ai retrouvé avec grand plaisir. Ecoutez-moi ces paroles savamment pas intellectuelles pour deux sous, on appelait ça à l'époque de la chanson populaire:

Le jour se lève
Déjà le soleil
Chasse les rêves
Enfants du sommeil
Sur la grand-place
On entend marcher
Tous ceux qui font leur marché...


Bon, admettons-le, plus ringard, tu meurs. A ma décharge, ce disque correspond sans l'ombre d'un doute aux goûts de mon pôpa à l'époque, mais c'est vrai que j'aimais bien -- et d'ailleurs j'aime toujours, et avec d'autant plus de délectation que je sais bien que personne ne me suivra sur ce terrain-là.

Voici un disque de Paul Simon. Lui, il correspond aux goûts de ma soeur (mon aînée de trois ans, ce qui, quand on est ado, correspond presque à une génération entière).

The mama pajama
Rolled out of bed
And she ran to the police station
The papa said: Oh, if I get that boy
I'm gonna stick him in the house of detention


Ah, et puis voici quand même un disque contemporain de chez contemporain, correspondant, cas rarissime, à des chanteurs à qui je m'intéressais moi tout seul sans qu'on me l'ait conseillé: les Rita Mitsouko avec les No comprendo:

Les histoires d'A
Les histoires d'A
Les histoires d'amour finissent mal
En général...


(La sagesse de Manitou parle par ta bouche, Catherine)

Mais ce qui est le mieux représenté, et de loin, ce sont les goûts du pseudo-mélomane snobinard que j'essayais d'être à l'époque. Allez, je ne vais pas m'accabler outre mesure: certes, j'y mettais beaucoup de snobisme, mais je n'avais pas entièrement tort d'aimer écouter Jean-Pierre Rampal jouant des sonates pour flûte de Beethoven, pas tort non plus de placer Harold en Italie, de Berlioz, encore au-dessus de la Damnation de Faust du même Berlioz, qui n'est pourtant pas de la petite bière.

Ben ouais! C'est ça la musique que j'aimais, au temps des disques noirs. Comme disait fort justement Georges Courteline, "il vaut assurément mieux gâcher sa jeunesse que n'en rien faire du tout."

Eh bien, tout ça se convertit gentiment en MP3 (au fait, la petite vignette là-haut, c'est une copie d'écran d'Audacity), pour pas un rond et légalement quoi qu'en puisse penser la mère Hadopi, et j'ai donc bon espoir de pouvoir écouter jusqu'à la fin de mes jours quelques extraits de mes bons vieux disques noirs qui craquent.

mercredi 27 janvier 2010

Harrison Ford et Isabelle Huppert en haut de l'affiche


Pour les crédits photo, voyez au bas de cette notule.

Amateurs de rubriques people, passez votre chemin: non, je ne vous révèle pas la distribution du prochain Spielberg, pas plus qu'une affaire de zizi-panpan entre les sympathiques personnes dont la mignonne trombine illustre cette notule... Je ne vous parle ici, comme dans ma chronique d'hier, que de l'informatisation de ma DVDthèque. Navré.

Seulement, il se trouve que Harrison Ford et Isabelle Huppert sont fort bien représentés dans ma DVDthèque, parce qu'étant assez fan du premier comme de la seconde et réciproquement, j'ai tendance à casser ma tirelire chaque fois qu'il y a moyen d'acheter d'occase un DVD dans lequel ils jouent (oui, d'occase, ou plutôt à prix bradés: j'ai beau être fan, je ne suis pas riche à millions, et il est rare que j'achète des DVD à leur prix de lancement). Au fil des ans, j'ai donc acheté 10 films avec le premier, 8 avec la seconde, non pas parce que je l'aime moins mais parce que les films français sont généralement beaucoup plus chers que les ricains. Dix plus huit parmi les quelque six cents films de ma DVDthèque, ce n'est pas tout à fait une aiguille dans une meule de foin, mais c'est largement assez pour que je ne puisse pas comme ça au débotté indiquer les titres des films en question, et encore moins leurs emplacements -- ce qui est bien dommage quand il me prend la fantaisie d'organiser de petits festivals privés avec ces jolis disques payés de mon bon argent durement gagné à la sueur de mon front.

En plus, il m'arrive d'enfouir dans les profondeurs les films avec la belle Isabelle quand la présence d'icelle est à peu près la seule chose qui me plaît en eux, ce qui n'est pas tout à fait rare -- Mme Huppert étant assez éclectique dans ses choix et ne reculant pas devant les films, hum, disons, difficiles (ça doit être difficile à jouer, mais accessoirement c'est parfois difficile à regarder) et/ou glauques. Isabelle Huppert, et d'ailleurs aussi Annie Girardot, ont quelques scènes d'anthologie dans "la Pianiste" de Michael Haneke, mais faut bien avouer qu'en dehors de ces scènes mémorables le film est carrément pénible (génial, peut-être, mais pénible, assurément). Isabelle Huppert est comme d'habitude exceptionnellement (*) belle, merveilleuse, bouleversante dans "Ma mère" de Christophe Honoré d'après Georges Bataille -- mais si elle n'y était pas ça serait purement et simplement un film de série Y (je veux dire que ça se situe quelque part entre les films X et la série Z). Donc, ces films-là, je les garde précieusement pour la merveilleuse Isabelle, éventuellement je note l'emplacement précis des bonnes scènes en heures, minutes, secondes pour surtout n'avoir pas besoin de revoir le reste... et puis je cache tout ça dans une caisse, loin des yeux innocents de mes petits neveux.

Résultat des courses: ces films que j'ai achetés avec les maigres pépettes obtenues en échange de mon asservissement au patronat apatride, au lieu de les thésauriser, je les oublie.

Eh bien, c'est fini! J'ai repris ce matin la liste de DVD constituée la veille, j'ai flanqué ça dans un tableur et j'ai ajouté une colonne "acteurs" que j'ai entièrement remplie de mémoire, à toute berzingue, en un peu plus d'une demi-journée. Faut le faire, hein, zavez vu quelle phénoménale mémoire je me paye. Oui, bon, j'exagère un peu: j'en ai rempli les deux tiers de mémoire, et le troisième tiers, je l'ai reconstitué non pas en allant fouiller ma DVDthèque et les caisses qui la complètent (allez donc entreprendre des fouilles quand un chat dort sur vos genoux), mais en farfouillant sur Wikipédia, notre amie à tous. Environ six heures de saisie, une petite conversion vers SQLite, quelques lignes à changer dans un script Python, et boum, me voici capable d'obtenir au débotté la liste de tous mes DVD avec n'importe lequel de mes acteurs préférés. Et ce, en moins de deux jours, je vous prie de le noter: avant-hier, ma base de données n'était encore qu'un projet, que dis-je, qu'un fantasme. Osez dire que je ne suis pas un informaticien super-pêchu et retaillé. Osez dire qu'on ne peut rien tirer de ces vilains logiciels libres pas conviviaux pour un sou que sont SQLite et Python.

Allez, try me. Qui cherchez-vous? Bon, à tout seigneur tout honneur, allons-y avec Harrison Ford: A propos d'Henry, Apparences, Aventuriers de l'arche perdue (les -), Dernière croisade (la -), Hollywood Homicide, Ombre d'un soupçon (l'), Présumé innocent, Guerre des étoiles - un nouvel espoir (la -), Temple maudit (le -), Witness.

Allons-y avec Isabelle Huppert: 8 femmes, Ma mère, Merci pour le chocolat, Palmes de M. Schutz (les -), Pianiste (la -), Porte du Paradis (la -), Soeurs fâchées (les -), Vie moderne (la -). Bon, admettons-le, cet état alphabétique de ma DVDthèque n'est pas du tout une filmographie sélective et chronologique, en fait dans tout le paquet il n'y a guère que "la Porte du paradis" qui mérite vraiment de figurer dans une anthologie -- et encore, il s'agit de la version abrégée par United Artists contre la volonté de Michael Cimino; je crois que le director's cut existe, mais je n'ai jamais eu les moyens de me l'offrir. N'empêche, n'empêche, quand je veux me faire un samedi pluvieux de chips et d'Isabelle Huppert, j'ai de la matière et puis pas vous, na.

Par ailleurs, ce n'est qu'un début: pour le moment, les acteurs ne sont enregistrés dans la base que comme une multitude d'inventaires associés à chaque film; il faudra bien sûr que je crée une table d'acteurs propre, avec des jointures vers la table des films... N'empêche: arriver à faire tout ça en moins de deux jours, moi je dis que ça n'est pas à la portée du premier crétin venu. C'est pas beau de se vanter, mais si je comptais sur les lecteurs de ce blog pour me faire des compliments, je risquerais d'attendre un tantinet.

Moquez-vous, moquez-vous... Je m'en fiche, moi, je suis très content de moi, voilà.

(*) Ce n'est pas une autocontradiction, c'est une figure de style empruntée au délicieux Michel Drucker, lequel reçoit tous les dimanches depuis soixante-quatre ans un invité exceptionnel.

Crédits photo. Pour Harrison Ford, (c) Gavatron/Wikipedia, licence Creative Commons Attribution-Share Alike. Pour Isabelle Huppert, (c) Nicolas Genin/Flickr/Wikipédia, licence Creative Commons Paternité.

mardi 26 janvier 2010

DVD x SQL = SGBDR + cas particuliers


Un peu cryptique, mon titre, non? Moi, j'aime bien. Bref. Parmi mes bonnes résolutions pour l'année 2010, il y avait celle d'apprendre à utiliser à fond le langage SQL. Pour ce faire, j'ai passé il y a quinze jours une bonne heure à la librairie Eyrolles pour trouver un livre suffisamment complet, pédagogique et pas trop axé sur un système de gestion de bases de données précis (la plupart des bouquins ne s'intéressent qu'à mySQL, alors que j'ai plutôt opté pour SQLite). J'ai fini par renoncer à employer un manuel français (rien trouvé de bien convaincant -- d'ailleurs j'ai déjà plusieurs titres français sur la question dans ma bibliothèque et, justement, ils ne m'ont pas convaincu) et j'ai jeté mon dévolu sur Learning SQL, d'Alan Beaulieu, chez O'Reilly (oui, j'aime bien O'Reilly; et je ne suis pas le seul), ISBN 978-0-596-52083-0, avril 2009 pour la seconde édition (zen chercherez, des blogs qui vous donnent des références aussi précises).

Le bouquin est très clair et pédagogique, parsemé d'humour ce qui ne gâte vraiment rien. Il est construit autour d'une base de données abondante et savamment emberlificotée, qu'on peut se procurer sur le site d'O'Reilly pour ensuite tester des manips avec mySQL. C'est une excellente idée, mais il s'agit bien sûr de données bidon (clients bidon, adresses bidon, produits bidon, numéros de téléphone bidon) -- alors qu'on ne progresse jamais autant dans la maîtrise des bases de données qu'en traitant des données réelles, toujours truffées d'exceptions et de cas particuliers. J'adore ça, et d'autant plus que je sais que la plupart des informaticiens gèrent ces exceptions tout simplement en les ignorant -- ce qui, à mon sens, démontre bien qu'ils sont loin d'être aussi intelligents qu'ils ne souhaiteraient le faire croire. Et si vous trouvez que j'exagère, regardez donc sur votre chéquier comment les informaticiens de votre banque ont noté votre adresse: je vous parie à dix contre un qu'elle est écrite toute en majuscules et sans accents. Ah ouais, les accents, c'est une vraie galère à gérer, surtout quand l'informaticien est une brêle -- et c'est très généralement le cas comme vous pouvez le voir: si même les kadors que s'offrent la BNP et Natixis sont infoutus de noter un c cédille, ça vous donne une idée de ce que le clampin moyen serait capable de faire avec une bibliothèque.

Eh bien moi, j'aime les exceptions, les cas foireux, les trucs qui rentrent pas dans les cases. Dans le cas de ma DVDthèque, j'aime les films qui ont plusieurs titres (qui s'appellent "Wild at Heart" in English et "Sailor et Lula" en français, par exemple), j'aime les "coffrets Paul Newman" enfermant dans un contenant unique "la Chatte sur un toit brûlant", "Doux oiseau de jeunesse" et "le Gaucher", j'aime les dynasties d'acteurs (Kirk et Michael Douglas, Henry et Jane Fonda...) qui forcent à noter les prénoms, j'aime les trilogies avec 3 DVD dans la même jaquette, j'aime les noms à coucher dehors du genre Krzysztof Kieślowski (auteur d'une jolie trilogie, justement)... Et j'affirme en toute tranquillité d'âme que l'informaticien qui fait la grimace en entendant ça, au lieu de s'enthousiasmer devant la difficulté, est une brêle.

Bref. J'y travaille. J'ai passé la journée d'hier à constituer un inventaire exhaustif des films et des jaquettes (ce qui n'est pas du tout la même chose), d'abord en lisant à voix haute devant mon dictaphone ce que je pouvais lire sur la tranche de tous mes DVD (la jolie photo illustrant cette notule représente l'un des 20 rayonnages de ma DVDthèque, mais il y a bien sûr aussi des caisses, des cartons et même des tas), puis en tapant tout ça avec mes petits doigts agiles sur emacs, puis en le faisant bouffer à OpenOffice.org Calc, puis en le convertissant en CSV, puis en le convertissant en SQL. Eh bien, une journée m'a suffi pour répertorier dans les 600 titres (dont seulement 360 installés proprement sur des rayonnages), tous achetés légalement (bonjour madame Hadopi) à une seule exception près (1) (chic, encore une exception). Tiens, pour le même prix, je vais vous filer la liste, ça attirera sur ce blog plein de trafic, nyark nyark nyark, et par ailleurs ça me permettra de la retrouver dans n'importe quel cyber-café.

Je vous reparlerai certainement de cette superbe base de données, mais pour le moment, je conclus cette notule avec la fameuse liste. A bientôt!

12 hommes en colère, 1926 Vidéo anniversaire, 20 000 lieues sous les mers, 2001, l'odyssée de l'espace, 3 âges (les -), 36, quai des Orfèvres, 37°2 le matin, 4 mariages et un enterrement, 4e étage (le -), 8 femmes, 9 semaines 1/2, A bout de souffle, A l'est d'Eden, A la poursuite du diamant vert, A la rencontre de Forrester, A propos d'Henry, A travers le miroir, Abbé Grégoire (l'-), Accords et désaccords, Addicted to Love, Affaire de goût (une -), Age de glace (l'-), Agrippine 1, Ah! Si j'étais riche, Albert est méchant, Alexandre Nevski, Alien, Allan Quatermain et la cité de l'or perdu, Amadeus, Amants du nouveau monde (les -), Amour & mensonges, Amour à New York (un -), Américain à Paris (un -), Anastasia, Animal Kingdom (the -), Antitrust, Apollo 13, Apparences, Aprile, Arcimboldo, Aristocats (the -), Arnaque (l'), Arrête-moi si tu peux, Associé (l' -), Associé du diable (l'-), Associés (les -), Attention, bandits, Au nom d'Anna, Auberge espagnole (l'-), Austin Powers, Autant en emporte le vent, Aventures de Blake et Mortimer (les -), Aventuriers de l'arche perdue (les -), Avocat du diable (l'-), Babel, Bad Company, Bad Timing, Bambi, Barber (the -), Barton Fink, Basic Instinct, Be Happy, Bee Movie, Better off dead, Bienvenue chez les chtis, Bienvenue à Gattaca, Big Lebowski (the -), Big Town (the -), Billy Elliott, Blake et Mortimer, Blanc, Blessures assassines (les -), Blessures assassines (les -), Blessures secrètes, Bleu, Blink, Blue Steel, Blue Velvet, Bodin's, mère et fils (les -), Bombon el perro, Bon, la brute et le truand (le -), Borat, Boucher (le -), Boulevard du crépuscule, Bounty (le -), Bouteille à la mer (une -), Boys, Brasil, Brigadoon, Broken Flowers, Buster Keaton, l'intégrale des courts métrages 1917-1923, Bûcher des vanités (le -), Cadavres ne portent pas de costard (les -), Cadet d'eau douce, Cage aux rossignols (la -), Caire nid d'espions (le -), Calculs meurtriers, Candidat (le -), Canonnière du Yang-Tse (la -), Caramel, Carnaval des animaux (le -), Carrie, Cars, Casablanca, Cashback, Casino, Central do Brasil, Cercle rouge (le -), Chambre du fils (la -), Chantons sous la pluie, Chaplin, Charlie Chaplin, Charlotte Gray, Chasse aux sorcières (la -), Chatte sur un toit brûlant (la -), Chevauchée fantastique (la -), Chicken Run, Chinatown, Chocolat (le -), Choses secrètes, Chute (la -), Chute libre, Chèvre (la -), Cinq cartes à abattre, Cinéma Paradiso, Cirque (le -), City Hall, Cité des anges (la -), Coffret Paul Newman, Colors, Combien tu m'aimes?, Comment se faire larguer en 10 leçons, Comtesse aux pieds nus (la -), Comédies musicales, Constant Gardener (the -), Conte de Noël (un -), Corps impatients (les -), Corps à corps, Corto Maltese, Couleur du mensonge (la -), Cri dans la nuit (un -), Cria cuervos, Crime et châtiment, Cris et chuchotements, Cyrano de Bergerac, Dame du vendredi (la -), Dames de Cornouailles (les -), Dead Man, Dead zone, Demoiselles de Rochefort (les -), Dernier Empereur (le -), Dernière croisade (la -), Desperate Hours, Dialogue avec mon jardinier, Dilettante (la -), Docteur Jivago (le -), Dogville, Don Juan, Donnie Brasco, Doublure (la -), Doux oiseau de jeunesse, Douze salopards (les -), Dragon: l'arnaque, Duplicity, Déclin de l'empire américain (le -), Désaccord parfait, Détective privé, Détonateur (le -), Dí buen día a papá, Eclair de lune, Edith Piaf, Edith et Marcel, Effroyables jardins, Eglises de France, Ile-de-France 1, Elle voit des nains partout, Emmerdeur (l'-), Empereur et l'assassin (l'-), Emprise (l'-), En direct sur Ed TV, En face, En suivant la flotte, En toute bonne foi, Enchaînés (les -), Ennemis rapprochés, Enquête (l'-), Ensorcelés (les -), Epouses et concubines, Erin Brockovich, Escale à Hollywood, Escroc malgré lui, Escrocs mais pas trop, Et au milieu coule une rivière, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Etoile est née (une -), Etre et avoir, Etreintes brisées, Excès de confiance, Existenz, Eyes Wide Shut, Fabuleux destin d'Amélie Poulain (le -), Family Man, Fargo, Farinelli, Fauteuils d'orchestre, Feet first, Femme infidèle (la -), Femmes au bord de la crise de nerfs, Fenêtre secrète, Festen, Fille de d'Artagnan (la -), Fish and Chips, Fitzcarraldo, Fleur de mon secret (la -), Flight Plan, Flûte enchantée (la -), Fontaine d'Aréthuse (la -), Fous d'Irène, France (la -), France Boutique, Frankenstein Junior, French Connection, Furyo, Féline (la -), Gandhi, Garde à vue, Garçonnière (la -), Gattaca, Gaucher (le -), General (the -), Ghost, Girls (les -), Gladiator, Golden Door, Gone du Chaâba (le -), Good Advice, Good German (the -), Good bye, Lenin, Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, Goût de la vie (le -), Goût des autres, Gran Torino, Grand Day Out (a -), Grand siècle français (le -), Grand sommeil (le -), Grande excursion (une -), Grande illusion (la -), Grande évasion (la -), Guerre des mondes (la -), Guerre des étoiles (la -), Guillaume le conquérant, Géant de fer (le -), Habit vert (l'-), Hamlet, Hannibal, Happy Feet, Harold et Maude, Harrisson's Flowers, Harry, un ami qui vous veut du bien, Henry and June, High School Musical, Hoffa, Hollywood Homicide, Hollywood Sunrise, Home, Homme d'exception (un -), Homme de la rue (l'-), Homme pour l'éternité (un -), Homme qui en savait trop (l'-), Hours (the -), Héritage de la haine (l'-), I am Dina, I am Sam, Ice Storm, Il faut sauver le soldat Ryan, In her Shoes, In the Mood for Love, Incorruptibles (les -), Incroyable destin de Harold Crick (l'-), Indestructibles (les -), Indiana Jones, Indochine, Inside Man, Insoutenable légèreté de l'être (l'-), Inspector Morse, the Complete Series 1, Instincts meurtriers, Intelligence artificielle, Intern, Intolérable cruauté, Itinéraire d'un enfant gâté, J.F. partagerait appartement, JFK, Jacquou le croquant, Jambon jambon, Janis et John, Je suis une légende, Je vais bien, ne t'en fais pas, Jeux d'adultes, Joue-la comme Beckham, Jour d'après (le -), Jour sans fin (un -), Jour à New York (un -), Kagemusha, Ken Park, Kid (the-), Kika, Kill Bill, Ladybird, Land and Freedom, Lauréat (le -), Lawrence d'Arabie, Lettre écarlate (la -), Liaisons dangereuses (les -), Liberté-Oléron, Liens du sang (les -), Lignes de vie, Linda di Chamounix, Liste de Schindler (la -), Little Miss Sunshine, Lièvre de Vatanen (le -), Lord of War, Lost in translation, Love Nest (the -), Lucky Luke, MIB, Ma meilleure ennemie, Ma mère, Macadam Cowboy, Mad Dog and Glory, Madagascar, Madame Doubtfire, Mado, Mafia blues, 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-), Mélodie du bonheur (la -), Mémoire effacée, Môme (la -), Nadia, Nell, Neuvième porte (la -), Ni pour ni contre (bien au contraire), Nightmaster, Nixon, Nom de la rose (le -), Nombre 23 (le -), Norma Rae, Nos voisins les hommes, Notorious, Nous nous sommes tant aimés, Nouveau protocole (le -), Nouvel espoir (un -), Nouvelle Eve (la -), Nouvelles aventures de Lucky Luke (les -), Nuits blanches à Seattle, Nuits de Harlem (les -), OSS 117, Le Caire nid d'espions, Odette Toulemonde, Oiseaux (les -), Ombre d'un doute (l'-), Ombre d'un soupçon (l'), One Eyed Jacks, Orange mécanique, Ordinary Decent Criminal, Ouragan sur le Caine, Out of Africa, Palmes de M. Schutz (les -), Panic Room, Papillon (le -), Pardon Us, Partir, revenir, Party (the -), Pas un mot, Patient anglais (le -), Permanent Midnight, Persépolis, Petites confidences (à ma psy), Petits meurtres entre amis, Peuple migrateur (le -), Phare du bout du monde (le -), Photo Obsession, Pianiste (la -), Pierrot le fou, Piste (la -), Pixar, la collection des courts métrages, volume 1, Piège (le -), Piège en eau trouble, Placard (le -), Playboy à saisir, Playtime, Point limite, Poisson nommé Wanda (un -), Polly et moi, Pont de la rivière Kwai (le -), Porte du Paradis (la -), Portrait of a Lady (the -), Pour l'amour de l'art, Primary Colors, Procès Paradine (le -), Président, Président (le -), Présumé innocent, Prêt-à-porter, Psychose, Pulp Fiction, Pulsions, Père Noël est une ordure (le -), Père Noël est une ordure (le -), Quai des orfèvres, Quand la panthère rose s'emmêle, Quatre garçons dans le vent, Queen (the -), Quel pétard!, Qui veut la peau de Roger Rabbit?, Rain Man, Raining Stones, Raisins de la colère (les -), Rantanplan volume 1, Rasé de près, Rebecca, Red Corner, Redemption, Respiro, Retour vers le futur, Retour à Cold Mountain, Riff Raff, Ripoux (les -), Rivière sans retour, Rivière sauvage (la -), Rob Roy, Robinson Crusoe, Robocop, Robots, Rois de la glisse (les -), Rois du désert (les -), Rome ville ouverte, Rouge, Route semée d'étoiles (la -), Rox et Rouky, Rush, Ruée vers l'or (la -), Règlements de comptes à OK Corral, SOS Fantômes, SOS Fantômes 2, Safety Last!, Sans toit ni loi, Scarlet Letter (the -), Sciuscià, Scoop, Selon Charlie, Sens de la vie (le -), Sentiers de la perdition (les -), Sept ans au Tibet, Sept ans de réflexion, September, Septième sceau (le -), Seul au monde, Sex fans des sixties, Shall We Dance, Shining, Shortcuts, Show girls, Shrek, Shrek 2, Shrek le troisième, Silence des agneaux, Silence des innocents (le -), Silent Movie, Singing in the Rain, Singles, Slap Shot, Soeurs fâchées (les -), Something's Gotta Give, Son de mar, Sonate d'automne, Sortilège du scorpion de jade (le -), Souris City, Sous le sable, Sous les verrous, Space Cowboys, Spagnola (la -), Stand By Me, Star Wars, un nouvel espoir, Starship Troopers, Strange Days, Stromboli, Sur mes lèvres, Swimming with Sharks, Swing Time, Syndrome chinois (le -), Tailor of Panama (the -), Tais-toi!, Take the Money and Run, Talons aiguilles, Taxi, Temple maudit (le -), Terminal (le -), Terminator 2, le jugement dernier, Terre-Neuve, Tex Avery, Textiles (les -), Thelma et Louise, There Will Be Blood, Thierry le Luron à Marigny, Thé au Sahara (un -), To be or not to be, Toile d'araignée (la -), Tombe les filles et tais-toi, Tombstone, Tontons flingueurs (les -), Top Gun, Top Hat, Tour du monde en 80 jours (le -), Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Tout peut arriver, Tout sur ma mère, Toy Story, Train sifflera trois fois (le -), Traversée de Paris (la -), Treize jours, Trois couleurs, Tron, Truman Capote, Truman Show (the -), US Marshalls, Uns et les autres (les -), Usual Suspects, Vaillant, pigeon de combat, Vanilla Sky, Vent se lève (le -), Vestiges du jour (les -), Vie de David Gale (la -), Vie des autres (la -), Vie est belle (la -), Vie inachevée (une -), Vie moderne (la -), Vie à deux (une -), Ville portuaire, Virgin Suicides, Visite de la fanfare (la -), Visiteurs du soir (les -), Viva la vie, Vol au-dessus d'un nid de coucou, Voleur de Bagdad (le -), Voyages extraordinaires de Jules Verne (les -), Vérité nue (la -), Vérité qui dérange (une -), Vérité si je mens! (la -), Vérité sur Charlie (la -), Wall E, Wallace and Gromit, Witness, World Trade Center, X files - le film (the -), Y a-t-il un flic pour sauver l'humanité?, Y a-t-il un flic pour sauver la reine?, Y a-t-il un flic pour sauver le président?, Y a-t-il un pilote dans l'avion?, Yol.

Ah merde, j'ai les Blessures assassines en double! S'il y a parmi mes millions de lecteurs un fan de Sylvie Testud qui n'aurait pas déjà ce titre pourtant incontournable (la preuve: je l'ai acheté deux fois), qu'il m'écrive un commentaire avec ses coordonnées: je trouverai bien un moyen de le lui refiler et tout le plaisir sera pour moi.

(1) Dí buen día a papá, film bolivien tellement diffusé hors des circuits commerciaux qu'il n'en existe pratiquement que des versions piratées. En plus, c'est un cadeau.

dimanche 24 janvier 2010

Huit ans de geekitude


J'ai quitté hier le conseil d'administration de mon groupe de linuxiens, Parinux, après y avoir passé six ans, dont quatre comme trésorier ou trésorier adjoint (vive la quille: je n'ai jamais pris de plaisir à remplir cette fonction, je ne l'ai fait que parce que personne d'autre ne s'est porté volontaire). Au total, ça me fait huit ans de geekitude, puisque j'avais déjà été simple membre de l'association pendant deux ans avant d'entrer au CA. Huit ans, ce n'est pas rien, et ça donne envie de jeter un petit coup d'oeil en arrière.

Les geeks -- enfin, plutôt les linuxiens, car il y a aussi des geeks hors du logiciel libre -- ont pas mal changé en huit ans. En bien ou en mal, c'est affaire de jugement... en fait, je crois qu'ils ont changé en bien et en mal simultanément: ils ont acquis les qualités de certains défauts et les défauts de certaines qualités. Disons qu'il y a huit ans ils étaient nettement plus techos (à prononcer tèkausse: fan de technique) et sensiblement moins idéologues, mais les deux attitudes étaient déjà mélangées à l'époque et elles le sont encore aujourd'hui. Les proportions ont changé, c'est tout, mais elles l'ont fait notablement. Linux et les logiciels libres sont beaucoup plus simples à manipuler que naguère, donc on vient moins vers Parinux pour trouver de l'assistance technique ou partager son expérience. Internet est moins un joyeux bordel et de plus en plus dans la ligne de mire des autorités, donc on vient de plus en plus vers les associations du libre pour contester les tentatives de réglementation.

Cette évolution est normale et même, dans une très large mesure, justifiée. N'empêche que j'aime nettement moins l'ambiance qu'avant. Il y a huit ans, dans nos agapes linuxiennes, nous respections à peu près tous une espèce de netiquette orale: on parlait très peu de politique, avec des pincettes, morts de trouille à l'idée de faire fuir les trois ou quatre membres de droite de l'association; en revanche, on se lançait dans d'interminables monologues techniques auxquels personne ne bitait rien (notamment pas, dans la plupart des cas, celui-là même qui débitait le monologue; mais j'ai mis du temps à me défaire du respect quasi-religieux que cette incompréhensible tambouille technique m'inspirait alors). Aujourd'hui, c'est le contraire: on parle assez peu technique, quand on en parle le discours est presque intelligible, en revanche tout le monde casse du sucre sur notre président bien-aimé Nicolas Sarkozy, ceux qui le soutiennent, ceux qui l'accompagnent (jusque là, ça ne me gêne pas trop) et -- et là je suis nettement moins d'accord -- ceux qui font preuve de mollesse dans les critiques qu'ils adressent à toute cette clique. Au point, à mon avis, de faire fuir non pas seulement les trois pelés et le tondu de droite qui auraient pu s'égarer chez nous, mais simplement ceux que le discours politique emmerde. Il y a huit ans, quand un vieux gaullisto-giscardien se barrait, on lui courait après dans l'espoir vain de le faire revenir; aujourd'hui, quand un baba-cool peu politisé se pointe chez nous, personne ne se rend même compte que le gars se barre très vite parce qu'il s'ennuie mortellement; et si on s'en rendait compte, ce serait sans doute pour dire: "Bof! Pas une grosse perte."

Parinux devient, nettement, une association militante, au sens politique du terme. Encore une fois, je trouve l'évolution naturelle, compréhensible, et en plus elle va nettement vers des positions idéologiques qui sont les miennes. N'empêche que je n'aime pas trop. J'étais venu à Parinux pour parler technique, apprendre des bidouilles, en faire connaître d'autres: ça me donnait l'impression de progresser, si peu que ce soit (de fait, je n'ai pas appris à Parinux grand-chose d'autre que le simple nom de bidouilles que j'ai ensuite dû étudier tout seul; mais cela seul n'est pas rien). Aujourd'hui, nous passons notre temps à nous indigner ou, bien plus souvent, à nous marrer en cassant du sucre sur nos têtes de Turc habituelles, et ça donne l'impression... de tourner en rond, de se fermer à la critique et à l'avis des autres.

Oui, mais les autres ont tort! En effet, je pense que les adversaires du logiciel libre, des formats libres, de la libre circulation de l'information, ont tort. N'empêche que je m'ennuie un peu à leur casser du sucre sur la tête à longueur de temps. Ce n'est pas très enrichissant de ne discuter qu'avec des convaincus. J'ai parfois un peu le sentiment d'être à la messe ou même -- horresco referens -- à une réunion du Parti. Et peu importe que ce soit un parti d'une authentique pureté idéologique ou un ramassis d'ambitions mesquines tartiné de doctrine conformiste débile, comme celui où je me suis fourvoyé quelque temps: moi, je ne trouve pas bien enrichissante la discussion avec des convaincus absolus, quand la moindre tentative de nuance ou de mise en perspective est assurée de se prendre immédiatement quatre ou cinq coups de patte pas méchants, mais secs, envoyés de façon réflexe par la vox populi. Comme chantait Brassens, "le pluriel ne vaut rien / à l'homme et sitôt qu'on / n'est plus deux, quatre on est / une bande de cons!"

Je suis méchant avec les linuxiens, mes semblables, mes frères. Non, ils ne sont pas -- en tout cas, pas majoritairement -- une bande de cons. Mais un rassemblement de linuxiens ressemble aujourd'hui beaucoup plus à une aimable beuverie de soudards qu'à un forum technique. C'aurait été le contraire il y a huit ans. L'évolution est naturelle, compréhensible, inévitable, et même, au fond, louable: il est heureux qu'il y ait des militants face au grignotage consciencieux des libertés que nous subissons sans l'ombre d'un doute.

Tout cela est vrai. Mais j'aimais quand même mieux il y a huit ans.

jeudi 21 janvier 2010

In memoriam Gadfly


L'informatique représente le triomphe posthume de Léon Trotski en ceci qu'elle vit sous le signe de la révolution permanente: tout change tout le temps, et ce n'est pas vrai seulement au niveau planétaire, mais aussi en ce qui concerne mon petit nordinateur à moi. A peine avais-je rédigé ma chronique précédente que je m'apercevais qu'elle était déjà caduque, aussi vais-je m'employer à la corriger.

Eh bien non, le successeur de dBase III Plus, c'est-à-dire le système de gestion de bases de données relationnelles léger, facile à installer et programmable en SQL, ce n'est plus Gadfly: il a été nettement détrôné par SQLite, ou plus exactement (en tout cas, à mon humble avis) par le couple SQLite-Python. J'avais placé mes espoirs en Gadfly sur la foi du très remarquable Apprendre à programmer avec Python de Gérard Swinnen (O'Reilly, 2004), confirmé par le non moins remarquable Python en concentré d'Alex Martelli (O'Reilly, 2004). Comme le temps passe: ces remarquables bouquins dont je n'ai pas encore tiré toute la substantifique moelle sont déjà un peu dépassés (quoique non obsolètes) sur la question des bases de données, et alors que de leur temps SQLite n'était encore qu'un obscur projet pas finalisé et très mal connu, c'est aujourd'hui une référence incontournable au point que les versions récentes de Python intègrent en standard la librairie permettant de s'interfacer avec lui.

Par ailleurs, j'avais eu tendance à considérer SQLite comme peu fiable parce que je n'étais pas parvenu à l'installer par la procédure standard pour les linuxiens glandus moyens et non-administrateurs système, c'est-à-dire le gestionnaire de paquets (chez moi, c'est Synaptic, vu que je bosse sous Ubuntu). Ayant eu après la rédaction de ma dernière chronique la curiosité d'essayer avec la procédure classique pour linuxiens super-pêchus, administrateurs système ou assimilés (configure, make, sudo make install, make clean), j'ai constaté à ma profonde stupéfaction que ça marchait sans coup férir (et ça a d'ailleurs aussi marché sur la partition Mac OS X de mon MacBook). Du coup, non seulement SQLite est installé et fonctionne parfaitement en ligne de commande, mais en plus Python lui cause sans la moindre difficulté.

Immense vertu du SQL, ça m'a immédiatement permis de tester le bazar avec les bidouilles que j'avais mises au point avec Gadfly, ce qui m'a amené à constater que SQLite était incomparablement plus rapide -- donc je prends le pari que Gadfly va tomber en désuétude vite fait bien fait (ce qui est un peu vexant pour son auteur, mais à peu près sans conséquence pour les bidouilleurs dans mon genre, puisque l'usage du SQL standard, commun aux deux bazars, va permettre l'adaptation des listings en deux coups de cuiller à pot).

Bon, a dire il vero (1), j'ai quand même eu quelques difficultés mineures à adapter mes petits programmes de Gadfly à SQLite en raison de différences de gestion des caractères accentués. Gadfly ne les gérait pas vraiment, c'est-à-dire qu'il stockait les octets qu'on lui donnait un par un dans une chaîne normale, ce qui n'a rien pour effrayer le programmeur C que je suis. Le duo Python-SQLite, lui, a voulu faire les choses plus proprement et stocke tout dans des chaînes Unicode, avec les caractères accentués en UTF-8. En fait, c'est mieux et même nettement mieux... mais comme le programmeur C que je suis n'y connaissait rien ça a commencé par me poser bien plus de problèmes que ça n'était censé en résoudre. Mais je pense que je vous raconterai ça dans une prochaine chronique parce que celle-ci est déjà assez bavarde. Hasta pronto! (2)

(1) C'est de l'italien.

(2) C'est de l'espagnol.

vendredi 15 janvier 2010

In memoriam dBase III Plus


Il y a maintenant un peu plus de dix ans, au cours de l'année 1999, j'ai quitté le monde merveilleux (hum) de Microsoft au profit de Linux. J'ai assurément beaucoup plus gagné que perdu en faisant ce grand saut, mais je mentirais en prétendant que les logiciels libres ont toujours réussi dès le premier jour à prendre la place des produits commerciaux que j'utilisais alors -- plus ou moins légalement. Non seulement ils n'y sont pas parvenus dès le premier jour, mais ça leur a (ou plutôt, ça m'a) parfois demandé plusieurs années...

Au prix d'efforts assez considérables, j'ai trouvé des successeurs au petit langage de programmation Quick Basic avec lequel j'avais le sentiment de savoir faire à peu près tout. J'y suis parvenu, mais vraiment pas en un tournemain; et même, sur certains points, il me faut encore aujourd'hui trincailler pour obtenir en C, Java, Perl, Tcl/Tk, Python ou C++ (oui, j'ai réellement écrit des tas de bidouilles avec ces six langages) les effets que je n'avais aucun problème à réaliser avec ce bon vieux Quick Basic -- en particulier quand je cherche à obtenir un affichage graphique un peu lisible avec un peu de couleur.

J'ai aussi fini par trouver en GNU/emacs un successeur décent au traitement de texte complètement inconnu que j'utilisais sous MS-DOS, XyWrite III Plus. Ce dernier, presque totalement ignoré de toute la planète, était d'une souplesse et d'une rapidité inégalées par aucun de ses concurrents, et possédait cette merveilleuse vertu de tout enregistrer en Ascii étendu, c'est-à-dire l'un des formats les plus simples sinon les plus standard qui aient jamais existé (grâce à cela, je peux toujours lire mes textes rédigés il y a vingt ans, et pas grand-monde ne peut en dire autant). GNU/emacs, dont il est de bon ton de se gausser même parmi les linuxiens, me rend à peu près les mêmes services -- bien secondé qu'il est par une vingtaine de moulinettes écrites en C par mes blanches mains pour faire sauter certaines limitations.

Comment ça, des limitations? Nous parlons bien de GNU/emacs, la mère du logiciel libre, un programme si versatile que ses détracteurs affirment qu'il ne lui manque qu'un éditeur de texte décent pour se transformer en un système d'exploitation complet? Ben oui. GNU/emacs -- que j'aime -- est quand même d'abord fait pour écrire des fichiers informatiques constitués ligne par ligne, et il n'est donc pas exactement l'équivalent de mon bon vieux XyWrite III Plus qui, lui, savait afficher proprement paragraphe par paragraphe n'importe quel texte en cours de rédaction, sans lignes inégales, comme il convient pour le confort visuel du journaliste que je suis. Même pour moi qui aime beaucoup GNU/emacs, il s'agit d'une vraie faiblesse et je comprends tout à fait mes chers confrères journaleux qui trouvent qu'à ce compte-là ils préfèrent encore cette sombre daube de Word. Mais bon, globalement, j'ai quand même trouvé chez M. GNU un successeur acceptable à mon traitement de texte sous MS-DOS, et même assez rapidement.

Ce à quoi je n'ai pas trouvé d'équivalent avant ces derniers jours, c'est à l'empereur des logiciels piratés sous MS-DOS, j'ai nommé l'incontournable dBase III Plus. Oh, vous pouvez bien rigoler et prétendre que c'est une vieille daube. dBase III Plus représentait bel et bien, ne vous déplaise, un certain état de l'art dans la gestion des bases de données. Certes, il n'avait pas la puissance de mySQL, d'Oracle ou de PostgreSQL, mais il n'en avait pas non plus la lourdeur, et on n'avait pas à chaque instant avec lui le sentiment d'employer un marteau-pilon pour écraser une mouche. PostgreSQL ou Oracle, c'est certainement super-bien quand on est EDF ou la SNCF pour gérer des dizaines de millions d'enregistrements, je n'en disconviens pas. Mais pour les fichiers que le pékin moyen ou même la PME moyenne est réellement amené à manipuler dans la vraie vie, une telle usine à gaz est vraiment surdimensionnée, tandis que ce bon vieux dBase gérait avec une facilité déconcertante des bases de données relationnelles contenant quelques centaines, voire quelques milliers d'enregistrements -- ce qui, pour le lambda moyen et M. Tout-le-monde, est déjà très au-delà de ses aspirations les plus folles.

Eh ben, sous Linux, faut être honnête, un véritable équivalent à dBase III Plus, y avait pas. Oh, bien sûr, j'ai survécu sans grande difficulté, en renonçant aux systèmes de gestion de bases de données relationnelles (SGBDR de leur petit nom) au profit d'un tableur médiocre (OpenOffice.org Calc), c'est-à-dire qu'en fait de base de données je me contentais de bêtes tableaux alphabétiques avec des lignes et des colonnes. Ca convient à peu près à M. Pékin lambda, du moment qu'il est un peu méthodique et soigneux (et c'est mon cas). Mais si M. Pékin lambda est aussi programmeur (et c'est encore mon cas), il ne trouve pas vraiment son bonheur avec un outil aussi rudimentaire (et peu lisible: OpenOffice.org, c'est moche avec ses petites nicônes à la con, ses ascenseurs, ses palettes et toutes ces stupidités de marketing qui ne servent qu'à bouffer la moitié de l'écran).

J'entends le coeur des linuxiens me dire qu'OpenOffice.org a son propre langage de programmation, et même son propre SGBDR. Je sais. Je sais aussi que je n'ai jamais rencontré personne qui s'en servait. Par ailleurs, vous avez déjà dû le sentir, je déteste l'ergonomie d'OpenOffice.org et sa manie de chercher à ressembler à qui-vous-savez, alors que c'est précisément par exécration de qui-vous-savez que je suis venu sous Linux. Alors, me faire suer pour apprendre des méthodes inconnues de tous et de surcroît plagiées de celles du père Bill Gates (merde, je l'ai nommé)... comme dirait Edmond Rostand, non, merci!

L'air de rien, même quand on aime ça (et j'aime ça), se farcir la tête de docs informatiques, c'est fatigant. Aussi apprécié-je assez peu de devoir le faire pour maîtriser des outils qui ne me paraissent pas du tout standard, que personne n'utilise, pour l'emploi desquels personne ne sait me filer un coup de main, pour l'apprentissage desquels il est impossible de trouver un manuel de référence décent et pas caduc, et dont les spécifications changent tous les deux mois sous prétexte d'édifier la civilisation informatique. Moi, j'aime les bons vieux outils standard qu'on peut encore utiliser aujourd'hui avec des manuels écrits dans les années 1970: les éditeurs de fichiers Ascii; les compilateurs C; et donc, en matière de base de données, je veux du SQL ou rien.

Alors, mySQL, PostgreSQL, ou peut-être SQLite si ces deux bazars sont trop gourmands? Mmm. MySQL, ce n'est pas vraiment libre (et encore beaucoup moins depuis que c'est passé sous la coupe d'Oracle). PostgreSQL, disons-le clairement, c'est éléphantesque; d'ailleurs, son logo le revendique. Quant à SQLite, bien que ça me paraisse a priori très sympathique, le vieux fan de dBase III Plus que je suis trouve quand même qu'être forcé de bidouiller en C chaque fois qu'on veut faire une bête recherche même pas multi-critères, c'est lourdingue. J'entends encore le coeur des linuxiens qui me disent qu'il y a des librairies pour gérer SQLite (comme d'ailleurs mySQL et PostgreSQL) dans tous les langages de scripts un peu décents, genre Perl et Python. Je sais. Mais ça me gonfle de devoir me farcir, en plus de l'apprentissage de la syntaxe SQL, celui d'une librairie à peu près inconnue et dont, bien entendu, les spécifications changent toutes les deux heures vu que c'est du libre, work in progress et tout le toutim.

Bref. Je crois qu'avec Gadfly, j'ai trouvé mon bonheur (on sait tout faire après avoir lu trois pages de doc) -- mais je pense que je vous raconterai ça un autre jour parce que le temps passe, l'air de rien.

lundi 11 janvier 2010

Bonne année aux amis des triangles


C'est dommage que personne ne lise ce blog, parce que pour une fois je pourrais presque me fendre d'un éditorial: non seulement la date est idéale pour souhaiter la bonne année à tout mon lectorat, c'est-à-dire à moi-même, mais surtout je commence à avoir une vague idée de ce que j'ai envie de raconter ici -- alors que je n'en avais rigoureusement aucune quand j'ai commencé à regarder comment ça fonctionnait, au printemps dernier.

Ce blog vient d'être renommé "Triancey, le blog des amis des triangles". Bien entendu, quand j'ai trouvé ce slogan à deux balles, c'était d'abord avec l'idée de faire de la pub pour le fabuleux jeu Triancey dont je suis l'auteur. Mais l'expression m'a plu et j'ai fini par me convaincre qu'elle pouvait avoir un contenu, bien immodeste et pharaonique, comme j'aime: ce blog est un lointain descendant de l'école pythagoricienne, pas moinsse.

Pour simplifier et caricaturer à l'extrême les théories fumeuses et d'ailleurs fort mal connues de mon lointain prédécesseur, le grand Pythagore, je dirai que ce monsieur pensait que tout était nombre, et comme les nombres ne meurent jamais, Pythagore croyait aussi à la réincarnation (ou plus exactement à la métempsycose, qui s'écrit sans h pour le plus grand désespoir de l'helléniste distingué que j'essaie de faire croire que je suis). Eh bien, un aspect au moins des théories fumeuses de mon grand ancêtre a eu des prolongements glorieux, puisque la conviction qu'on peut à peu près tout numériser est le fondement même de l'informatique. Et moi, modeste informaticien aux idées métaphysiques bien fumeuses, je peux donc légitimement me considérer comme la réincarnation, sinon de Pythagore lui-même, tout au moins d'un de ses disciples. Le grand maître ne m'en voudra pas, et le disciple encore bien moins puisque tout le monde a oublié jusqu'à son nom. O mon peu illustre prédécesseur, mon semblable, mon frère, réjouis-toi car tu viens de retrouver un nom: tu seras désormais connu comme la vie antérieure de Jean-Luc Ancey, lequel est, j'espère que tu en conviendras, un inconnu au moins aussi illustre que toi.

Bref. Ce blog est celui d'un informaticien de peu d'envergure, mais quand même profondément convaincu qu'à peu près tout est numérisable et, en particulier, que la 3D peut être représentée par l'informatique comme un assemblage de triangles. Penser cela, n'est-ce pas se placer dans la droite lignée du grand Pythagore, qui a fait souffrir (pour la bonne cause) tant de centaines de millions d'élèves des cours de géométrie? Si fait. Mais alors que l'immense majorité des dits élèves a conçu pour cet enseignement une exécration nettement plus compréhensible que le théorème qui l'a fondé, moi-je, lointain avatar d'un obscur disciple du fils illustre de Samos (c'est de Pythagore qu'il s'agit, bande de moules, et ça m'exaspère de devoir vous le dire alors que j'avais employé cette circonlocution précisément pour ne pas avoir à répéter une fois de plus ce nom illustre), moi-je, donc, j'ai fini par éprouver pour la belle trigonométrie classique une affection presque comparable à celle que les chats m'inspirent, c'est dire. Et c'est en causant de trigonométrie à mes ordinateurs que j'ai fini par devenir un informaticien pas tout à fait nul et en tout cas un programmeur plutôt brillant pour un amateur, non non, je n'exagère pas et je ne me pousse pas du col, je suis en effet assez balèze pour construire un algorithme.

Or donc, ce blog, lointain avatar de l'école pythagoricienne, parlera surtout (mais sûrement pas exclusivement) de mes bidouilles informatiques en général, et en particulier de celles qui sont connectées dans ma tête à la trigonométrie et/ou à la métaphysique fumeuse. Et si y a que l'esprit du grand sage de Samos (a y est, vous avez pigé qui c'est?) pour me lire, m'en fous: moi je m'intéresse à ce que j'écris, na.

Bonne année quand même.

dimanche 8 novembre 2009

Prends-moi pour un con


Les clés USB ne sont pas inaltérables, surtout quand on les confie à des systèmes d'exploitation merdiques ou obsolètes. Cette semaine, j'ai commis l'erreur d'essayer d'utiliser ma clé de 2 Go au bureau, sur un Mac G3 antédiluvien utilisant Mac OS 9.2 comme il y a une douzaine d'années (non seulement ça existe encore, mais on vend encore des journaux fabriqués avec ça; inutile de dire que leurs finances ne sont pas brillantes). Bref. En branchant ma clé sur ce Mac obsolète, j'ai obtenu deux résultats: j'ai planté ce bon vieux Mac... et niqué la table d'allocation des fichiers de ma clé.

Comme je ne badine pas avec la sécurité, j'ai préféré mettre la clé au rebut, et donc me voici parti pour Carrefour dans l'idée d'acheter une clé USB neuve. Pas la peine d'aller dans une boutique spécialisée, de nos jours ce type de matériel est on ne peut plus banal.

Justement. Comme c'est devenu banal, ça a cessé d'échapper au génie du marketing, et donc il y a maintenant autant de modèles de clés USB que de tubes de dentifrice, de paquets de lessive ou de bombes de mousse à raser: ça a beau être fondamentalement toujours la même camelote sortie des mêmes usines, les marketeux vous proposent ça sous les aspects et les emballages les plus divers, de façon à pouvoir vous vendre rigoureusement la même camelote sous vingt conditionnements différents -- de sorte que vous n'ayez qu'une chance sur vingt de porter votre choix sur le meilleur rapport qualité-prix.

Sur le rayon, il y avait donc des clés USB de toutes couleurs: rouges, vertes, bleues, irisées; de toutes formes: pliantes, avec capuchon rétractable ou pas, profilées comme des suppositoires ou des pandas -- toutes choses dont je me fous éperdument --; et il y en avait aussi de toutes capacités: 2 Go, 4 Go, 8 Go, 16 Go, 32 Go, 85 Go. Ce n'est pas parce que cette donnée est la plus pertinente que l'emballage la met en valeur, bien évidemment, et la mention de la capacité, si elle figure toujours, est exprimée dans des couleurs, des typographies et des grosseurs variées (de moyen à minuscule), sur des emplacements plus ou moins évidents (genre: à l'italienne, au verso du blister). Et évidemment, toute cette variété artificielle entraîne la plus grande diversité des prix pour la plus grande exaspération du consommateur. C'est le but recherché: par énervement, le gus va évidemment finir par choisir à peu près au hasard et, voyez comme le hasard fait bien les choses, il ne choisira probablement pas la meilleure camelote ni le prix le plus avantageux.

Le consommateur exaspéré que je suis finit donc par se dire: font chier, je vais prendre la plus petite et la moins chère. Ouiche. Encore faut-il la repérer, cette fameuse aiguille dans la meule de foin. Mon esprit de synthèse, mon oeil perçant (tu parles: plus myope et presbyte que moi, t'es aveugle) et mes stupéfiantes capacités de discernement finissent par repérer deux saloperies dans le genre "petite et courageuse" -- qui, à en croire les mâles sans personnalité, a la préférence de ces dames. Ces merveilles sont: une clé de 4 Go à 8,49 euros, et une de 8 Go, presque semblable extérieurement, avec une jolie mention "8 GB" couleur de feu, à 9,99 euros: le double de capacité pour un prix équivalent, pensé-je. Marché conclu, zou, me voilà parti avec ma jolie cléclé.

De retour dans mes pénates, je constate avec un certain ahurissement qu'au-dessous et au-dessus de la mention "8 GB" couleur de feu, qui avait attiré mon attention, figurent deux mentions "4 GB" dans un bleuté d'une discrétion de très bon goût. C'est quoi ce truc, me dis-je, ils ont eu l'idée sotte et grenue de partitionner la clé de 8 Go en deux moitiés de 4 Go chacune? Que nenni, ouvrons mieux les yeux: les mentions sont textuellement "4 GB USB" et "4 GB online" (avec "USB" et "online" dans un typo notablement plus petite).

A ce moment, le corbeau honteux et confus commence à comprendre qu'on s'est foutu de sa gueule, et se met à lire les mentions en tout petits caractères (du Light corps 6) au verso du blister, lesquelles disent benoîtement: "Safely keep your data online and double the capacity of your USB drive with 4 GB (1) on the nolimitmemory.com space". En fait, soyons honnêtes (contrairement au distributeur de cette merde) et admettons que la dite mention est même traduite dans la langue de Landru et du docteur Petiot: "Sauvegardez vos données en ligne et doublez la capacité de votre clé avec 4 GB (1) sur l'espace nolimitmemory.com." Sacré putain de bon sang de nom de Dieu d'enculés de merde, pense le consommateur floué, qui se reporte à la note (1) et lit avec une rage doublée d'une certaine envie de rigoler tellement c'est énorme (si je peux dire, vu que la note est composée en Light corps 4,5): "for free for one year/gratuit pendant 1 an".

Tout en juranmèzunpeutard, je jette un nouveau regard sur le recto du blister, et je constate que les enfoirés du marketing se sont décidément bien foutus de ma gueule, car ce joli produit a pour nom commercial "Twice" (c'est-à-dire "deux fois", comme ne disent pas nos amis belges), accompagné du slogan "Memory is Everywhere". Et ça, je l'avoue, c'est vraiment pousser le foutage de gueule à des niveaux stratosphériques: apprenez, cher informaticien amateur, que quand votre clé USB est pleine, vous pouvez encore sauvegarder vos données à un autre endroit; cette leçon vaut bien, sans doute, l'euro cinquante centimes de différence avec la conne de clé USB de 4 GB de la même marque et du même modèle qui ne vous dispensait pas ce sage conseil.

Résultat des courses: pour avoir le plaisir de comprendre qu'un empapaouté du marketing m'a pris pour un con, j'ai seulement dû acquitter une surtaxe de 17,67%. Memory may be everywhere, but my money is no more in my pocket.

Elle est bien bonne, je dois l'admettre. N'empêche. Toi le marketeux quand tu mourras, quand le croque-mort t'emportera, puisse-t-il te conduire dans une benne à ordures au septième cercle de l'enfer.

vendredi 6 mars 2009

Bataille transatlantique


Le jeudi 23 octobre 2008 a eu lieu un événement d'une importance planétaire, même si tout le monde n'est pas encore au courant: la première partie de Triancey par téléphone a eu lieu, au-dessus de l'Atlantique, entre Mme Céline Geffroy de Komadina (ci-contre, en haut) et l'auteur de ces lignes (ci-contre, en bas; les deux photos ont été prises juste après la partie, quasi-simultanément, des deux côtés de l'océan). Cet affrontement cordial mais d'une grande brutalité a fait l'objet d'un enregistrement audio qu'il est temps de livrer à la postérité (après un très léger dépoussiérage avec le beau logiciel libre Audacity). Ce modeste fichier MP3 réalisé avec des moyens de haute technologie (ma clé USB ZicPlay dotée de 512 Mo de mémoire) sera, n'en doutons pas, pieusement écouté par les générations futures comme l'irremplaçable témoignage d'un moment historique.

Si vous regardez bien les deux écrans informatiques figurant à l'arrière-plan derrière l'oreille droite des deux joueurs, vous vous apercevrez que non seulement il s'agit de la représentation de la partie de Triancey terminée, ce à quoi il fallait s'attendre, mais que cela constitue aussi l'horrible logo qui donne à ce blog son identité visuelle, comme disent les pignoufs d'Internet dans mon genre quand ils veulent se donner de l'importance. Eh bien oui: en fait de logo, il s'agit du piteux souvenir de ma défaite transatlantique. Et après ça, il y en a qui oseront encore me traiter de mégalomane machiste.

Mesdames, soyez fières: c'est bien une meuf qui a gagné cette partie historique. La femme est l'avenir de l'homme.

mardi 10 février 2009

Toute généralisation est abusive


Les esprits facétieux ou simplement logiques auront noté tout de suite que le titre de cette notule est autocontradictoire, un peu à la façon du célèbre "il est interdit d'interdire". Bien entendu, ce titre est une boutade, que je corrige, et au lieu de dire comme le farceur que je suis en meurt d'envie "toute généralisation est abusive y compris celle-ci", j'énoncerai sérieusement le thème de ma causerie philosophique du jour: "La plupart des généralisations sont abusives (mais pas celle-là)".

Pourquoi te raconté-je cela, chère petite planète Internet? Parce que je suis tombé ce matin (par un cheminement qu'il serait fastidieux d'expliquer) sur ce hadith authentique ou supposé:

"Toute innovation est un égarement."

Je ne sais pas si Mahomet a vraiment dit ça, si c'est bien traduit, si c'est sorti de son contexte... Mais en tout cas c'est un propos fréquemment cité par des musulmans désireux de clore une discussion religieuse qu'ils jugent oiseuse par un argument d'autorité (tentative bien sûr toujours vaine, mais c'est un autre débat). Exemple (et justification de la petite photo ci-dessus): est-il pieux ou non de prier avec un chapelet? Eh bien vous trouverez sans chercher beaucoup des musulmans pour vous expliquer que non, ce n'est pas pieux, c'est une très mauvaise idée, vu que la tradition rapporte que le Prophète priait en comptant les prières avec les doigts de sa main droite; ergo utiliser un chapelet pour compter les prières est une innovation religieuse, ergo c'est mauvais car - allons-y pour le syllogisme -: majeure, toute innovation est un égarement; mineure, le chapelet est une innovation; conclusion, ergo le chapelet est un égarement, CQFD.

Que les docteurs musulmans ou prétendus tels me pardonnent de les faire raisonner avec des mots latins, un syllogisme grec et quatre lettres de matheux français, mais c'était juste pour indiquer la démarche intellectuelle générale. Quant à savoir s'il est pieux de prier avec un chapelet ou non, je laisse aux savants oulémas le droit d'en décider car, avouons-le, l'agnostique que je suis a tendance à s'en fiche éperdument.

Mais bon. "Toute innovation est un égarement." Vingt dieux (si j'ose dire au risque d'offenser les monothéistes), en voilà-t-il une belle généralisation qu'elle coupe les pattes de la liberté d'innover, voire de la liberté tout court. Qu'est-ce que ça doit être jouissif de clouer le bec aux contradicteurs avec une belle généralisation comme ça.

Pour ne pas me moquer exclusivement des musulmans qui ne m'ont rien fait, je vais un peu taper sur les chrétiens, et tout particulièrement les pauliniens, les adorateurs des conneries de notre prophète Saul de Tarse, avec ses deux généralisations bien généralisantes et bien connes, que j'aime tant: "Tout pouvoir est inspiré de Dieu" (pensez à Néron, à Attila, à Pol Pot) et "Toute écriture est inspirée de Dieu" (pensez à Libération, au Figaro... ou à ce blog).

Mon Dieu mon Dieu mon Dieu (si j'ose dire au risque d'offenser les athées), mais comment peut-on dire des conneries pareilles.

Et pourtant il y en a, de vraies grosses belles généralités, comme celle de mon pote Archimède: "Tout corps plongé dans un liquide..."; celle de mon pote Euclide: "Pour tout triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse..."; et même, pour me citer moi-même (si parva licet componere magnis*), "Tout triangle ayant deux voisins d'une même couleur prend lui-même cette couleur".

A la décharge du Prophète, qu'il me soit permis de noter que le principe "toute innovation est un égarement" n'est pas inintéressant à considérer en mathématiques: on peut certes y faire des découvertes récentes, mais on ne saurait y aboutir à des vérités que l'on puisse considérer comme nouvelles, pas même quand on raisonne sur de nouveaux postulats: même fondées sur de nouveaux postulats, les démonstrations mathématiques ne sont pas plus valides aujourd'hui qu'elles ne l'auraient été du temps de Mahomet ou de Pythagore, ergo aucune démonstration mathématique juste n'est jamais à proprement parler une innovation. D'ailleurs quand ma prof de maths me disait, l'air narquois, "c'est nouveau, ça!" pour commenter un résultat qui m'avait demandé deux heures à calculer, je savais bien que c'était toujours pour se payer ma fiole.

(*) Avec plein de barbarismes et de solécismes gratuits, je vous offre cette jolie locution latine qui signifie: "S'il est permis de comparer les petits aux grands".

dimanche 8 février 2009

Gallardon, son église, son donjon, son cimetière


Comme je n'avais guère d'inspiration ni de temps pour cette notule, je pensais vous raconter deux ou trois choses que je crois savoir du grand Pierre Bézier (photo ci-contre), l'homme des courbes, celui qui a changé à jamais l'aspect de tous les objets industriels - et qui en plus était français, ce qui réjouit mon chauvinisme foncier. Mais bon, à quoi bon s'approprier des informations que d'autres que moi ont déjà publiées sur le web, ici, ici et là?

Je me bornerai donc à mettre l'accent sur un détail que j'ignorais mais qui me procure une satisfaction bien niaise: Pierre Bézier, mort il y a presque dix ans, est presque mon voisin, puisqu'il est enterré à Gallardon, à une quinzaine de kilomètres de chez moi. Je connais bien Gallardon. Quand j'étais ado, il m'arrivait souvent d'y aller et d'en revenir, à vélo, à la fin des journées d'été. C'était une belle promenade que mes mollets paresseux parvenaient à faire sans trop se forcer, car dès la mi-chemin je voyais de loin le vieux donjon ou plutôt le très peu qu'il en reste, le clocher de la très belle église (dans lequel je suis même parvenu à monter, en resquillant un jour où on y faisait des travaux), et cela me motivait pour terminer le voyage. Gallardon n'est pas plus loin qu'avant mais je pensais pourtant ne plus jamais me risquer à pareille aventure car hélas, depuis mon jeune temps, la route à moitié pourrie qui y menait a été odieusement améliorée et élargie, en sorte que pour le cycliste que je suis non seulement elle a perdu tout son charme mais surtout elle est devenue assez dangereuse: les bagnoles y foncent sans crainte des radars et donc sans la moindre considération pour les limitations de vitesse - et malheur au cycliste nonchalant qui s'y promène. Eh bien je retournerai quand même à Gallardon, en pèlerinage, sur la tombe du grand Pierre Bézier, en priant ce grand saint mathématique de veiller sur moi à l'aller et au retour ou, à défaut, de m'accueillir en son saint paradis plein de courbes lisses et voluptueuses.

C'est fou la quantité de conneries qu'un blog vous fait écrire. Qu'à cela ne tienne, chère petite planète Internet, intéresse-toi à Pierre Bézier: c'est un vrai grand bonhomme qui a marqué la civilisation bien plus profondément que beaucoup, sans esbroufe, sans faire de bruit, simplement en étudiant un problème intelligemment et en faisant connaître ses conclusions. C'est avec des gens comme ça qu'on construit la civilisation, et ce grand homme vaut bien un pèlerinage à Gallardon (qui est de toute façon un charmant patelin plein d'histoire et de belles pierres).

samedi 7 février 2009

On est fliqués !


Ention et damnafer! Ce blog, fondé mardi et tout expérimental qu'il est, est repéré dès le samedi suivant par Google! Je viens d'en faire l'expérience ce matin: demandez "Triancey" à Gogol, zou, en moins de deux il vous indique le très beau site du très beau jeu Triancey et les innombrables pages web (enfin, il y en a une) qui en parlent, et ça c'est absolument normal, mais il vous dirige aussi vers ce minable petit blog homonyme de rien du tout. Horreur et désespoir, c'en est fini de mon confortable anonymat. Gnia pas moyen d'être tranquille cinq minutes.

Ca ne me surprend pas vraiment, cela dit: Blogger appartenant à Google, il aurait fallu qu'il soit un peu crétin pour ne pas penser à indexer un contenu qu'il stocke sur ses propres disques durs. Mais quand même, je me berçais de l'illusion qu'il attendrait qu'un lien sur une page web quelconque pointe dessus... Eh bien non, chère petite planète Internet: à part moi, et toi à qui je m'adresse par rhétorique, absolument personne n'était censé être au courant de l'existence de ces pages dépourvues d'intérêt. Tant pis! Elles sont quand même déjà indexées, faudra s'y faire.

Google, c'est comme feu la Samaritaine (et pardon pour cet accès de parisianisme, mais bon, c'est un fait, je suis parisien): on y trouve tout, mais on y trouve beaucoup plus facilement n'importe quoi que tout.