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jeudi 13 juin 2013

Votre hypermarché soutient les importateurs locaux

Tout n'est pas noir, allez, et la planète n'est pas encore foutue. Les consciences s'alarment, les mentalités évoluent, même chez les vampires de la distribution. Tenez, voilà-t-il pas que l'hypermarché Carrefour de Rambouillet (Yvelines) où je fais tous les jours mes modestes emplettes s'est pavoisé de panonceaux se glorifiant de vendre 70 % de produits locaux, à moins que ce ne soit 100 %, je ne sais plus trop.


Mazette! C'est bien sûr difficile à croire, je me doute que leurs chiffres doivent être un tantinet bidonnés, mais je sais quand même que ça n'est pas entièrement faux. Voici en effet des mois que j'achète dans ce gigantesque Carrefour de Rambouillet des oignons et des échalotes venant d'un producteur on ne peut plus local, un petit gars de 28140 Terminiers, c'est-à-dire le fin fond du trou du cul de l'Eure-et-Loir, quelque part dans la cambrousse, à mi-chemin entre Chartres et Orléans. Le gars, j'imagine, (merci de lire ce qui suit avec l'accent du terroir) doit êtrre un courrageux paysan beaucerron (béret basque, chemise à carreaux), qui a rréussi à la forrce du poignet à convaincrre le dirrecteurr des ventes de cette grande surface sans âme de lui donner sa chance. Ah! Doit-il en falloir, du travail et de l'abnégation, pour parvenir à vendre ses oignons locaux à une grande usine pareille.



Ah ben tiens, justement, il me faut de l'ail. Allons voir ce qu'ils ont au rayon des produits locaux. Pas d'erreur: juste au-dessus des aulx (un ail, des aulx), gnia un panneau de soixante centimètres de haut qui dit "produit local". C'est bien de continuer à soutenir mon petit producteur eure-et-loirien (on dit eurélien, me chuchote-t-on dans l'oreillette); je suis pour les circuits courts, moi, ça me fait vraiment chier d'acheter des trucs qui ont franchi les océans dans d'immenses porte-conteneurs polluants alors que les péquenauds du coin sont très capables de les produire et même d'alimenter les grandes surfaces avec. C'est bien simple, je suis prêt à payer trois fois plus cher pour avoir des aulx locaux! Ah mais.
 Je jette un regard myope sur l'étiquette de mes aulx locaux. "La ferme des Arches, 28140 Terminiers". Pas d'erreur, c'est bien.
Mais l'inconvénient des myopes, c'est qu'ils lisent très bien les petits caractères. Or sur l'étiquette, il n'y a pas seulement marqué "28140 Terminiers". Il y a aussi la mention légale de traçabilité, qui dit... "Origine: Argentine".
'tendez voir... Je suis nul en géographie, mais j'ai vaguement l'impression que l'Argentine, ça n'est pas tout à fait en Eure-et-Loir. Bizarre, bizarre, comme c'est étrange. Un instant j'imagine mon petit producteur du fin fond de la Beauce allant quérir ses aulx à Salta, San Salvador de Jujuy ou Tucuman, avant de les rapporter courageusement, dans sa charrette tirée par son sympathique petit âne, jusqu'à sa ferme typique où l'attend son vieux chien.

-- Excusez-moi, monsieur le chef du rayon légumes de mon hypermarché Carrefour, pourriez-vous m'expliquer pourquoi des aulx argentins sont vendus au rayon "produits locaux"?

-- Mais parce que cet ail est locail, mon cher monsieur; voyez, je l'achète à la Ferme des Arches, dans l'Eure-et-Loir. Lisez vous-même.

-- Oui, mais la Ferme des Arches, ce n'est qu'une appellation commerciale, un logo, probablement même pas plus qu'une adresse postale. En tout état de cause, il s'agit à l'évidence de l'importateur, pas du producteur.
-- Pas du tout, lisez vous-même: la Ferme des Arches. Je vous le répète, j'achète pas loin d'ici, dans l'Eure-et-Loir. Regardez: sur les oignons, c'est pareil. Sur les échalotes, c'est pareil. Lisez vous-même.

-- Vous vous foutez de ma gueule? Ce que je lis sur l'étiquette, moi, c'est "Origine: Argentine". Alors?

-- Euh, je, hum. Allons, ne vous énervez pas, monsieur, pourquoi élever la voix, quel intérêt aurais-je à vous mentir? Vous voyez bien que ça vient de La Ferme des Arches...

-- Me prenez pas pour un con, merci. Et vous mettez ça juste quinze centimètres sous un panonceau "produit local". Ça s'appelle de la publicité mensongère. C'est dégueulasse.

-- Mais non, hum, vous avez mal compris... Le panonceau est fait pour tout le rayon, où l'on trouve également des pommes de terre, regardez, là, à vos pieds...

-- Ah vous, fermez-la, hein. C'est honteux. Sacré putain de nom de Dieu d'enfant de salaud de marketeux de merde, vous me faites dégueuler, allez en enfer.

Alors comme ça, selon Carrefour, pour que le produit soit local, il suffit que son importateur soit local. A ce compte-là, je suis surpris qu'ils ne vendent que 70% de produits locaux. Je les entends d'ici: "Arrêtez de nous faire payer des impôts, bande de salauds de partageux bolchéviques, ou bientôt nous allons être forcés de délocaliser même nos importateurs!"

Combien on parie que la Ferme des arches est une filiale à 100 % de Carrefour et que son téléphone de Terminiers Eure-et-Loir est redirigé directement vers le 23e étage de la tour Vincent Pinaubouygues à Puteaux?

Les mecs du marketing, il faut tous les tuer leur cracher sur les pieds (j'opère cette correction sur le conseil d'une âme sensible, qu'en fait j'approuve parce que je suis beaucoup moins méchant que je ne voudrais en avoir l'air).

Edit: Etant retourné ce matin sur le même rayon pour prendre les photos qui illustrent ce post, j'ai pu constater la présence (toujours sous le panonceau "produit local" et à côté des aulx argentins) de très beaux oignons locaux d'Eure-et-Loir... importés de Nouvelle-Zélande par la même Ferme des Arches.

jeudi 5 août 2010

Une remise de 8 euros, ça sert à vous en piquer 7

Ah, le génie du marketing! On a beau savoir qu'il existe de grandes écoles où l'on enseigne à longueur d'année l'art et la manière de nous piquer notre pognon sous le nez de la maréchaussée et avec sa bénédiction... on a beau le savoir, on s'y laisse toujours prendre avec grâce, parce que ces arnaques sont tellement bien exécutées qu'elles se hissent au rang des Beaux-Arts.


Tenez, par exemple. Voici un stand de DVD à prix sacrifiés dans un hypermarché (Carrefour de Rambouillet, pour ne pas le nommer). C'est l'été, les gens sont à la plage plutôt que devant leur téloche, alors pour faire quand même marcher le commerce on brade les rogatons invendables qui encombrent les stocks. Rien de répréhensible jusque là, me direz-vous.


Vous voyez l'idée sympathique: le DVD à la pièce vous est vendu 7 euros; mais si vous en prenez quatre, non seulement on ne vous facture ça que 20 euros au lieu de 4 x 7 = 28, mais en plus, Byzance, on vous donne un cinquième DVD. Mais c'est que voilà une offre qu'elle a presque l'air sympathique, non? Bon, le rabat-joie que je suis se dit qu'il serait peut-être plus simple d'avouer carrément qu'on vend cinq DVD pour 20 euros, mais bon, les gens du marketing sont ainsi faits qu'au lieu de déclarer platement qu'ils voudraient vous vendre treize oeufs, ils préfèrent pérorer avec style en chantant qu'ils vendent la douzaine et qu'ils donnent le treizième oeuf. Ca coûte exactement la même chose, mais c'est plus sympa, ça emploie le très beau mot de donner, tout plein de connotations positives, altruistes, qui remuent le vieux fond judéo-chrétien qui sommeille en nous.

Bon, à cheval donné on ne regarde pas s'il est borgne, et à DVD bradés on n'exige pas de la toute première qualité cinématographique: à l'évidence, ça ne va pas être des films d'auteur, mais plutôt des nanards hollywoodiens de série Z. Mais enfin, en cherchant bien, avec l'indulgence à laquelle incite le prix modeste...


Le jeu est donc de trouver cinq films pas trop médiocres dans tout ce boxon. Tiens, il y a quand même un truc pas nul du tout, le diptyque de Clint Eastwood, Mémoire de nos pères et Lettres d'Iwo Jima. En général, je n'aime pas trop les films de guerre, mais ceux-là sont intelligents; j'ai vu le premier, je sais que dans l'esprit de ce bon Clint il ne va pas sans le second... allez, soit, en voilà déjà deux. Tiens, il y a Bodyguard, avec Kevin Costner et Whitney Houston; un film commercial, certes, mais vraiment pas mal ficelé, qui me rappelle ma folle jeunesse car je l'ai vu en Bolivie lors de sa sortie (en Bolivie, j'allais voir tout ce qui passait car il ne passait pas grand-chose), et puis y a m'dame Houston qui est mimi et qui est une chanteuse à voix (au moins à l'époque, car depuis il paraît que ça s'est salement gâté); OK, voilà le troisième DVD. Mais pour le quatrième, y a vraiment plus grand-chose de sympa... Ah ouais, la Fureur de vivre; je vais très probablement me faire suer à le regarder, autant que quand j'ai vu A l'est d'Eden, parce que toute cuistrerie mise à part les problèmes de la jeunesse américaine des années cinquante, c'est quand même assez loin des préoccupations d'un quinquagénaire français de la deuxième décennie du troisième millénaire... mais bon, c'est un classique, c'est James Dean, respect; voilà donc mon quatrième DVD.

Pour le cinquième, là, je dois avouer, je sèche. Ce n'est pas qu'il n'y ait rigoureusement plus rien d'intéressant, mais le peu d'un peu intéressant était déjà en solde l'an dernier, voire il y a cinq ans, et par conséquent j'ai déjà depuis longtemps Vol au-dessus d'un nid de coucou qui est un film excellent, j'ai aussi US Marshalls qui n'est qu'un film commercial honnête (y a quand même Tommy Lee Jones et Robert Downey Jr., que j'aime bien tous les deux), et je possède même déjà I am a legend qui est un film commercial assez médiocre si ce n'est même franchement nul avec ses effets spéciaux de merde, malgré tout le talent de Will Smith... Et non, ah non, je ne vais pas prendre 300, non non non, ni Batman begins non plus, franchement non, même pas si c'est gratuit, sans façon; les séries B à la rigueur, mais les séries Z conçues pour les buveurs de bière phallocrates et immatures, non.

Allez, hop, prenons donc Sans plus attendre. Je crois que c'est un navet, mais signé Rob Reiner qui n'est quand même pas un crétin (When Harry met Sally, Stand by me), et avec Jack Nicholson et Morgan Freeman qui restent de grands acteurs même sur un scénario à deux balles (même que c'est pour ça qu'on fait appel à eux). Un, deux, trois, quatre, cinq DVD, le compte est bon, direction la caisse.


Et là, l'erreur fatale. Tout occupé que je suis à empaqueter à toute berzingue mes plats cuisinés Fleury-Michon, mon taboulé au poulet, mon sandwich saumon-cheddar, afin de ne pas ralentir le flot des Caddie (R) qui me suivent... j'omets de vérifier sur le ticket de caisse que la remise a bien été faite. Pourtant, je suis à Carrefour et je sais bien grâce à Daniel Mermet que Carrefour, c'est vraiment pas des gentils... mais bon, l'erreur est humaine. C'est seulement une fois arrivé chez moi, après avoir soigneusement rangé les DVD dans le frigo et le taboulé au poulet dans la DVDthèque, que je jette un oeil sur le ticket...


Attendez voir... Je n'ai plus fait de calcul mental depuis longtemps, mais je trouve quand même qu'il y a quétchoze qui cloche... 5 DVD à 7 euros = 35 euros, et si la remise est de 8 euros, ça nous fait 35 - 8 = 27 euros. Mais pourtant, vertuchou, on m'avait bien annoncé 20 euros, non, chuis pas fou? Et que je te redonne un coup d'oeil sur les stickers apposés sur chaque DVD...


Ben quoi... Ca dit bien que le 5e DVD est offert, non? Comment se fait-il qu'on me l'ait fait payer plein pot, alors? Je l'ai d'autant plus saumâtre que ce 5e DVD, en réalité, je n'en avais à peu près rien à fiche...

Et puis j'y regarde de plus près... mais alors vraiment de plus près: le nez collé sur le sticker. Et devant mes yeux ébahis...


Oh les nom de Dieu de salauds d'enfoirés du marketing de merde. Le coup des petits caractères! Vieux comme le monde... et inusable, visiblement. La mention est en corps 5 gras étroitisé, c'est-à-dire rigoureusement illisible, mais en effet elle est là. Et sur le stand, elle y était aussi, avec la même disproportion de caractères, et soigneusement placée à hauteur des chevilles, allez, soyons sympa, quelque part entre les chevilles et les genoux, tout à fait à l'endroit où le regard a l'habitude de chercher les renseignements utiles, quoi.

Bon. J'ai le sens de l'humour, j'aime bien rigoler, je suis beau perdant... Mais là, too much is too much. Ca, ce n'est pas une grosse ficelle commerciale. Ca, c'est bel et bien de l'arnaque. De la malhonnêteté caractérisée. Du vol. Le salopard qui a choisi cette typo, on ne me fera jamais avaler qu'il l'a prise si petite parce qu'il trouvait ça joli: il l'a choisie délibérément dans le but de tromper le chaland, et de l'amener à acheter au prix fort ce cinquième DVD qui était censé être offert.

J'ai pris la foumette, comme disait mon grand-père (c'est du patois savoyard; ça veut dire à peu près, comme dans les dessins animés de Tex Avery, que je me suis tellement mis en colère que de petites fumées me sortaient par les oreilles). Je suis retourné illico à Carrefour et ai déclaré à la bonne dame de l'accueil que je la priais d'appeler son chef, parce que j'avais envie d'insulter quelqu'un et que tant qu'à faire j'aimais mieux que ça ne soit pas un lampiste qui trinque. On m'a envoyé le chef du rayon DVD, c'est-à-dire un autre sous-fifre un peu moins sous-payé, et qui s'est montré d'une amabilité assez réduite ("A un moment donné, monsieur, il faut apprendre à lire"). A sa décharge, je dois admettre que c'est assurément moi qui ai élevé la voix le premier... mais putain y a de quoi, je m'excuse mais merde: 7 euros d'arnaque sur une offre censée être à 20 euros, et pour me faire payer au prix fort un DVD auquel je ne m'intéressais pas du tout... Chiotte. Merde. Fait chier. Chuis pas d'acc. Ah non, merde, non, ça passe pas.

Je vous entends: fallait te faire rembourser. Bien sûr qu'ils ont proposé (oh, pas tout de suite, loin de là) de me rembourser. Mais je les ai envoyés péter, en leur disant ceci, que je maintiens: si une caissière m'avait piqué sept euros, il ne lui suffirait pas de rembourser, elle serait bel et bien foutue à la porte avec un pied au cul -- et au fond ce serait bien normal. Mais le salopard encravaté du marketing qui a conçu ces stickers minuscules avec la typo en corps 5 et ces stands avec la mention pertinente en blanc sur fond jaune à hauteur des chevilles, matériel diffusé dans tous les magasins Carrefour de France, ce mec-là ne sera jamais sanctionné. Je parierais même qu'il est payé au pourcentage, et grassement, l'australopithèque, le fils de morue, l'excrément du libéralisme moderne. Eh bien moi je dis que la place de ce salopard, et surtout des patrons de ce salopard, est bel et bien en prison, avec les autres voleurs. Que le diable les emporte, que la peste les croquelarde, puissent-ils tous se faire écraser par des palettes de cuisinières quatre feux. J'essaie de rigoler, mais je trouve ça carrément... pas drôle que des malfaiteurs aussi vils se promènent en liberté et aient pignon sur rue.

vendredi 5 février 2010

L'iPad, plus gros ordinateur miniature du monde


Crédit photo: Matt Buchanan.

Quel génie, ce Steve Jobs! Vise un peu la belle église! Enfin un ordinateur miniaturisé assez gros pour que les presbytes arrivent à lire ce qui est écrit dessus! Enfin un ordinateur sans clavier capable d'afficher un clavier ayant la taille d'un clavier et juste un tout petit poil moins ergonomique qu'un vrai clavier de messages SMS pour téléphones mobiles! Putain, c'est dingue! Et puis, ce qui est vraiment génial par rapport à l'iPhone dont cette tablette magique prend la succession, c'est que cette superbe babasse indispensable au snob moderne ne prend même pas la peine de prétendre qu'elle peut lui servir de téléphone! Quelle audace, quelle révolution! Plus rien ne sera jamais comme avant, comme à l'époque où les ordis servaient seulement à travailler alors que de toute évidence leur vraie fonction est de draguer les gonzesses (surtout celles qui aiment les beaux mâles à la barbe rase, comme Steve, et surtout au chéquier assez bien garni pour s'offrir ces dispendieux gadgets).

Evidemment que c'est la jalousie qui me fait tenir ces propos sarcastiques. N'empêche: fondamentalement, l'iPad n'est rien d'autre qu'un iPhone incapable de téléphoner et trois fois moins miniaturisé que son grand frère (grand frère qui, justement, se trouve être plus petit)... donc nettement moins cher à produire (en dehors de l'écran, pour lequel les économies d'échelle peuvent déjà être anticipées). Et la colossale finesse de Steve Jobs, c'est de vendre nettement plus cher une machine qui coûte nettement moins cher à produire. Dans le monde des geeks, on appelle ça un coup de génie... mais personnellement j'aurais plutôt tendance à trouver que c'est un exercice de foutage de gueule particulièrement réussi. Car immédiatement toute la planète est tombée amoureuse de l'iPad, veut un iPad pour Noël, veut partir au ski avec l'iPad, veut montrer à tout le monde les dessins des enfants sur l'écran de l'iPad. Rendez-vous compte: un ordinateur! couleur! avec un écran! rectangulaire! sans clavier! sauf si on veut lui en rajouter un! C'est vraiment du jamais vu. M'en mettrez quinze!

La chose a pourtant de réelles vertus. En premier lieu, elle ringardise superbement le pachydermique Windows 7 avec son interface tactile à deux balles: l'ergonomie de Seven est à celle de l'iPad un peu ce que le lyrisme de Paul Déroulède est à Dante Alighieri, ou la musique de l'Orphéon de La Garenne-Bezons à Franz Schubert. Pas la peine d'espérer que ça change: le beau Steve a déposé des brevets planétaires sur à peu près tous les gestes qu'on peut effectuer avec un, deux, trois voire quatre doigts. Je fais glisser le doigt vers le bas, le texte glisse vers le bas: brevet. Je tape un coup sur l'écran, ça simule un clic de souris: brevet. Je tape deux coups sur l'écran, ça simule un double-clic: brevet. Je secoue l'écran, ça l'efface façon ardoise magique: brevet. Tout est pris, breveté, verrouillé, sauf peut-être l'idée géniale de désigner un point sur l'écran en posant le doigt dessus: ça, c'est libre; et ça tombe bien, c'est tout ce que Windows 7 sait faire (et encore Microsoft n'a-t-il trouvé l'idée qu'en plagiant outrageusement la légendaire ergonomie des distributeurs de billets de la SNCF). Quant au mode de fonctionnement des cons d'ordinateurs à clavier, c'est plus que ringard, c'est carrément antédiluvien. Le clavier, c'est un truc de losers, une vieillerie, à peu près aussi attrayante pour le consommateur qu'une lampe à pétrole ou un phonographe à manivelle. Et je vous raconte pas comme je me sens couillon avec mon ordinateur à clavier (un MacBook, pourtant) et mon système d'exploitation avec une ligne de commande en guise d'interface homme-machine...

Passons. La seconde vertu du truc, c'est qu'on va trouver des livres électroniques vendus avec seulement 30 % de royalties pour Steve Jobs, contre... 70 % de racket sur les Kindle d'Amazon. Quand on vous disait que Steve Jobs était un idéaliste et que tous ceux qui le critiquent c'est rien que des jaloux.

dimanche 31 janvier 2010

La zique de quand j'étais jeune


Quand j'étais petit garçon, je m'étais promis de ne jamais employer l'expression "quand j'étais jeune", pensant (et faut être jeune pour penser ça) qu'on reste jeune tant qu'on n'a pas décidé que c'était fini. Dans quelques mois, je vais entamer mon deuxième cinquantenaire, et si je reste globalement assez d'accord avec cette volonté de nier l'évidence aussi longtemps que possible, je suis bien forcé de reconnaître qu'il y a aujourd'hui des domaines dans lesquels la jeune génération n'acceptera plus jamais de me considérer autrement que comme un vieux con. Sur ces points précis, je prouve plus élégant d'assumer que de nier l'évidence. Donc, à titre exceptionnel, je vais vous entretenir ici de la musique que j'écoutais "quand j'étais jeune" -- c'est-à-dire au temps pas si lointain des disques en vinyle.

J'y ai repensé parce que ce week-end, profitant de ce que l'on m'avait confié un enregistreur numérique ("de mon temps", ça s'appelait un magnétophone, mais justement ça n'a plus rien de magnétique), j'ai entrepris de convertir en MP3 quelques morceaux choisis extraits d'un carton de disques 33 tours qui traîne quelque part chez moi depuis... bah, depuis quelque chose comme 1991, en fait. Je peux encore et très provisoirement passer ces disques sur une platine à peu près aussi vieille dotée d'un saphir à peu près aussi vieux (et pas neuf, même s'il n'a pas énormément servi). Evidemment, ça craque comme un feu de bois, accessoirement ça saute un ou deux sillons, mais globalement ça peut être bouffé sans trop de problème par l'enregistreur, et sans micro en plus: croyez-le si vous voulez, un cordon de raccordement mini-jack tout ce qu'il y a de plus banal permet de connecter l'ampli de 1994 à l'enregistreur de 2009, et c'est là qu'on voit que l'analogique, c'est quand même rudement moins éphémère que l'informatique: même si mes vinyles vivent assurément leur derniers instants, ils restent audibles vingt à trente ans après leur achat, alors que je n'aurais pas la moindre chance de tirer quelque chose de mes disquettes de la même époque, ni même de mes sauvegardes sur Zip Iomega pourtant effectuées il y a seulement une quinzaine d'années.

A vrai dire, quand j'ouvre mon vieux carton de 33 tours, j'ai la consternation de constater que j'ai bien peu vécu l'époque de ma folle jeunesse dans le domaine musical. J'affirmais à l'époque -- et en fait, c'est toujours l'opinion que je professe par provoc -- que la musique était morte avec Schubert, et que rien de postérieur à icelui ne m'intéressait. Dans mon tas de vinyles, il y a donc très principalement de la musique classique (surtout produite par la Deutsche Grammophon), mais on trouve quand même quelques albums presque contemporains de votre serviteur -- généralement offerts par ma soeur, qui était dans ce domaine sensiblement plus contemporaine que moi; il y a aussi quelques titres offerts par mon cher père. Ces disques ne représentent donc pas vraiment mes goûts, mais je les écoutais quand même, et à les écouter craquer, il semble même que ç'ait été assez fréquemment.

J'ai écouté des trucs certes contemporains de ma folle jeunesse, mais déjà considérés comme ringards à l'époque. Tiens, voilà un disque des Compagnons de la chanson que j'ai retrouvé avec grand plaisir. Ecoutez-moi ces paroles savamment pas intellectuelles pour deux sous, on appelait ça à l'époque de la chanson populaire:

Le jour se lève
Déjà le soleil
Chasse les rêves
Enfants du sommeil
Sur la grand-place
On entend marcher
Tous ceux qui font leur marché...


Bon, admettons-le, plus ringard, tu meurs. A ma décharge, ce disque correspond sans l'ombre d'un doute aux goûts de mon pôpa à l'époque, mais c'est vrai que j'aimais bien -- et d'ailleurs j'aime toujours, et avec d'autant plus de délectation que je sais bien que personne ne me suivra sur ce terrain-là.

Voici un disque de Paul Simon. Lui, il correspond aux goûts de ma soeur (mon aînée de trois ans, ce qui, quand on est ado, correspond presque à une génération entière).

The mama pajama
Rolled out of bed
And she ran to the police station
The papa said: Oh, if I get that boy
I'm gonna stick him in the house of detention


Ah, et puis voici quand même un disque contemporain de chez contemporain, correspondant, cas rarissime, à des chanteurs à qui je m'intéressais moi tout seul sans qu'on me l'ait conseillé: les Rita Mitsouko avec les No comprendo:

Les histoires d'A
Les histoires d'A
Les histoires d'amour finissent mal
En général...


(La sagesse de Manitou parle par ta bouche, Catherine)

Mais ce qui est le mieux représenté, et de loin, ce sont les goûts du pseudo-mélomane snobinard que j'essayais d'être à l'époque. Allez, je ne vais pas m'accabler outre mesure: certes, j'y mettais beaucoup de snobisme, mais je n'avais pas entièrement tort d'aimer écouter Jean-Pierre Rampal jouant des sonates pour flûte de Beethoven, pas tort non plus de placer Harold en Italie, de Berlioz, encore au-dessus de la Damnation de Faust du même Berlioz, qui n'est pourtant pas de la petite bière.

Ben ouais! C'est ça la musique que j'aimais, au temps des disques noirs. Comme disait fort justement Georges Courteline, "il vaut assurément mieux gâcher sa jeunesse que n'en rien faire du tout."

Eh bien, tout ça se convertit gentiment en MP3 (au fait, la petite vignette là-haut, c'est une copie d'écran d'Audacity), pour pas un rond et légalement quoi qu'en puisse penser la mère Hadopi, et j'ai donc bon espoir de pouvoir écouter jusqu'à la fin de mes jours quelques extraits de mes bons vieux disques noirs qui craquent.

dimanche 24 janvier 2010

Huit ans de geekitude


J'ai quitté hier le conseil d'administration de mon groupe de linuxiens, Parinux, après y avoir passé six ans, dont quatre comme trésorier ou trésorier adjoint (vive la quille: je n'ai jamais pris de plaisir à remplir cette fonction, je ne l'ai fait que parce que personne d'autre ne s'est porté volontaire). Au total, ça me fait huit ans de geekitude, puisque j'avais déjà été simple membre de l'association pendant deux ans avant d'entrer au CA. Huit ans, ce n'est pas rien, et ça donne envie de jeter un petit coup d'oeil en arrière.

Les geeks -- enfin, plutôt les linuxiens, car il y a aussi des geeks hors du logiciel libre -- ont pas mal changé en huit ans. En bien ou en mal, c'est affaire de jugement... en fait, je crois qu'ils ont changé en bien et en mal simultanément: ils ont acquis les qualités de certains défauts et les défauts de certaines qualités. Disons qu'il y a huit ans ils étaient nettement plus techos (à prononcer tèkausse: fan de technique) et sensiblement moins idéologues, mais les deux attitudes étaient déjà mélangées à l'époque et elles le sont encore aujourd'hui. Les proportions ont changé, c'est tout, mais elles l'ont fait notablement. Linux et les logiciels libres sont beaucoup plus simples à manipuler que naguère, donc on vient moins vers Parinux pour trouver de l'assistance technique ou partager son expérience. Internet est moins un joyeux bordel et de plus en plus dans la ligne de mire des autorités, donc on vient de plus en plus vers les associations du libre pour contester les tentatives de réglementation.

Cette évolution est normale et même, dans une très large mesure, justifiée. N'empêche que j'aime nettement moins l'ambiance qu'avant. Il y a huit ans, dans nos agapes linuxiennes, nous respections à peu près tous une espèce de netiquette orale: on parlait très peu de politique, avec des pincettes, morts de trouille à l'idée de faire fuir les trois ou quatre membres de droite de l'association; en revanche, on se lançait dans d'interminables monologues techniques auxquels personne ne bitait rien (notamment pas, dans la plupart des cas, celui-là même qui débitait le monologue; mais j'ai mis du temps à me défaire du respect quasi-religieux que cette incompréhensible tambouille technique m'inspirait alors). Aujourd'hui, c'est le contraire: on parle assez peu technique, quand on en parle le discours est presque intelligible, en revanche tout le monde casse du sucre sur notre président bien-aimé Nicolas Sarkozy, ceux qui le soutiennent, ceux qui l'accompagnent (jusque là, ça ne me gêne pas trop) et -- et là je suis nettement moins d'accord -- ceux qui font preuve de mollesse dans les critiques qu'ils adressent à toute cette clique. Au point, à mon avis, de faire fuir non pas seulement les trois pelés et le tondu de droite qui auraient pu s'égarer chez nous, mais simplement ceux que le discours politique emmerde. Il y a huit ans, quand un vieux gaullisto-giscardien se barrait, on lui courait après dans l'espoir vain de le faire revenir; aujourd'hui, quand un baba-cool peu politisé se pointe chez nous, personne ne se rend même compte que le gars se barre très vite parce qu'il s'ennuie mortellement; et si on s'en rendait compte, ce serait sans doute pour dire: "Bof! Pas une grosse perte."

Parinux devient, nettement, une association militante, au sens politique du terme. Encore une fois, je trouve l'évolution naturelle, compréhensible, et en plus elle va nettement vers des positions idéologiques qui sont les miennes. N'empêche que je n'aime pas trop. J'étais venu à Parinux pour parler technique, apprendre des bidouilles, en faire connaître d'autres: ça me donnait l'impression de progresser, si peu que ce soit (de fait, je n'ai pas appris à Parinux grand-chose d'autre que le simple nom de bidouilles que j'ai ensuite dû étudier tout seul; mais cela seul n'est pas rien). Aujourd'hui, nous passons notre temps à nous indigner ou, bien plus souvent, à nous marrer en cassant du sucre sur nos têtes de Turc habituelles, et ça donne l'impression... de tourner en rond, de se fermer à la critique et à l'avis des autres.

Oui, mais les autres ont tort! En effet, je pense que les adversaires du logiciel libre, des formats libres, de la libre circulation de l'information, ont tort. N'empêche que je m'ennuie un peu à leur casser du sucre sur la tête à longueur de temps. Ce n'est pas très enrichissant de ne discuter qu'avec des convaincus. J'ai parfois un peu le sentiment d'être à la messe ou même -- horresco referens -- à une réunion du Parti. Et peu importe que ce soit un parti d'une authentique pureté idéologique ou un ramassis d'ambitions mesquines tartiné de doctrine conformiste débile, comme celui où je me suis fourvoyé quelque temps: moi, je ne trouve pas bien enrichissante la discussion avec des convaincus absolus, quand la moindre tentative de nuance ou de mise en perspective est assurée de se prendre immédiatement quatre ou cinq coups de patte pas méchants, mais secs, envoyés de façon réflexe par la vox populi. Comme chantait Brassens, "le pluriel ne vaut rien / à l'homme et sitôt qu'on / n'est plus deux, quatre on est / une bande de cons!"

Je suis méchant avec les linuxiens, mes semblables, mes frères. Non, ils ne sont pas -- en tout cas, pas majoritairement -- une bande de cons. Mais un rassemblement de linuxiens ressemble aujourd'hui beaucoup plus à une aimable beuverie de soudards qu'à un forum technique. C'aurait été le contraire il y a huit ans. L'évolution est naturelle, compréhensible, inévitable, et même, au fond, louable: il est heureux qu'il y ait des militants face au grignotage consciencieux des libertés que nous subissons sans l'ombre d'un doute.

Tout cela est vrai. Mais j'aimais quand même mieux il y a huit ans.

dimanche 8 novembre 2009

Prends-moi pour un con


Les clés USB ne sont pas inaltérables, surtout quand on les confie à des systèmes d'exploitation merdiques ou obsolètes. Cette semaine, j'ai commis l'erreur d'essayer d'utiliser ma clé de 2 Go au bureau, sur un Mac G3 antédiluvien utilisant Mac OS 9.2 comme il y a une douzaine d'années (non seulement ça existe encore, mais on vend encore des journaux fabriqués avec ça; inutile de dire que leurs finances ne sont pas brillantes). Bref. En branchant ma clé sur ce Mac obsolète, j'ai obtenu deux résultats: j'ai planté ce bon vieux Mac... et niqué la table d'allocation des fichiers de ma clé.

Comme je ne badine pas avec la sécurité, j'ai préféré mettre la clé au rebut, et donc me voici parti pour Carrefour dans l'idée d'acheter une clé USB neuve. Pas la peine d'aller dans une boutique spécialisée, de nos jours ce type de matériel est on ne peut plus banal.

Justement. Comme c'est devenu banal, ça a cessé d'échapper au génie du marketing, et donc il y a maintenant autant de modèles de clés USB que de tubes de dentifrice, de paquets de lessive ou de bombes de mousse à raser: ça a beau être fondamentalement toujours la même camelote sortie des mêmes usines, les marketeux vous proposent ça sous les aspects et les emballages les plus divers, de façon à pouvoir vous vendre rigoureusement la même camelote sous vingt conditionnements différents -- de sorte que vous n'ayez qu'une chance sur vingt de porter votre choix sur le meilleur rapport qualité-prix.

Sur le rayon, il y avait donc des clés USB de toutes couleurs: rouges, vertes, bleues, irisées; de toutes formes: pliantes, avec capuchon rétractable ou pas, profilées comme des suppositoires ou des pandas -- toutes choses dont je me fous éperdument --; et il y en avait aussi de toutes capacités: 2 Go, 4 Go, 8 Go, 16 Go, 32 Go, 85 Go. Ce n'est pas parce que cette donnée est la plus pertinente que l'emballage la met en valeur, bien évidemment, et la mention de la capacité, si elle figure toujours, est exprimée dans des couleurs, des typographies et des grosseurs variées (de moyen à minuscule), sur des emplacements plus ou moins évidents (genre: à l'italienne, au verso du blister). Et évidemment, toute cette variété artificielle entraîne la plus grande diversité des prix pour la plus grande exaspération du consommateur. C'est le but recherché: par énervement, le gus va évidemment finir par choisir à peu près au hasard et, voyez comme le hasard fait bien les choses, il ne choisira probablement pas la meilleure camelote ni le prix le plus avantageux.

Le consommateur exaspéré que je suis finit donc par se dire: font chier, je vais prendre la plus petite et la moins chère. Ouiche. Encore faut-il la repérer, cette fameuse aiguille dans la meule de foin. Mon esprit de synthèse, mon oeil perçant (tu parles: plus myope et presbyte que moi, t'es aveugle) et mes stupéfiantes capacités de discernement finissent par repérer deux saloperies dans le genre "petite et courageuse" -- qui, à en croire les mâles sans personnalité, a la préférence de ces dames. Ces merveilles sont: une clé de 4 Go à 8,49 euros, et une de 8 Go, presque semblable extérieurement, avec une jolie mention "8 GB" couleur de feu, à 9,99 euros: le double de capacité pour un prix équivalent, pensé-je. Marché conclu, zou, me voilà parti avec ma jolie cléclé.

De retour dans mes pénates, je constate avec un certain ahurissement qu'au-dessous et au-dessus de la mention "8 GB" couleur de feu, qui avait attiré mon attention, figurent deux mentions "4 GB" dans un bleuté d'une discrétion de très bon goût. C'est quoi ce truc, me dis-je, ils ont eu l'idée sotte et grenue de partitionner la clé de 8 Go en deux moitiés de 4 Go chacune? Que nenni, ouvrons mieux les yeux: les mentions sont textuellement "4 GB USB" et "4 GB online" (avec "USB" et "online" dans un typo notablement plus petite).

A ce moment, le corbeau honteux et confus commence à comprendre qu'on s'est foutu de sa gueule, et se met à lire les mentions en tout petits caractères (du Light corps 6) au verso du blister, lesquelles disent benoîtement: "Safely keep your data online and double the capacity of your USB drive with 4 GB (1) on the nolimitmemory.com space". En fait, soyons honnêtes (contrairement au distributeur de cette merde) et admettons que la dite mention est même traduite dans la langue de Landru et du docteur Petiot: "Sauvegardez vos données en ligne et doublez la capacité de votre clé avec 4 GB (1) sur l'espace nolimitmemory.com." Sacré putain de bon sang de nom de Dieu d'enculés de merde, pense le consommateur floué, qui se reporte à la note (1) et lit avec une rage doublée d'une certaine envie de rigoler tellement c'est énorme (si je peux dire, vu que la note est composée en Light corps 4,5): "for free for one year/gratuit pendant 1 an".

Tout en juranmèzunpeutard, je jette un nouveau regard sur le recto du blister, et je constate que les enfoirés du marketing se sont décidément bien foutus de ma gueule, car ce joli produit a pour nom commercial "Twice" (c'est-à-dire "deux fois", comme ne disent pas nos amis belges), accompagné du slogan "Memory is Everywhere". Et ça, je l'avoue, c'est vraiment pousser le foutage de gueule à des niveaux stratosphériques: apprenez, cher informaticien amateur, que quand votre clé USB est pleine, vous pouvez encore sauvegarder vos données à un autre endroit; cette leçon vaut bien, sans doute, l'euro cinquante centimes de différence avec la conne de clé USB de 4 GB de la même marque et du même modèle qui ne vous dispensait pas ce sage conseil.

Résultat des courses: pour avoir le plaisir de comprendre qu'un empapaouté du marketing m'a pris pour un con, j'ai seulement dû acquitter une surtaxe de 17,67%. Memory may be everywhere, but my money is no more in my pocket.

Elle est bien bonne, je dois l'admettre. N'empêche. Toi le marketeux quand tu mourras, quand le croque-mort t'emportera, puisse-t-il te conduire dans une benne à ordures au septième cercle de l'enfer.

samedi 7 février 2009

On est fliqués !


Ention et damnafer! Ce blog, fondé mardi et tout expérimental qu'il est, est repéré dès le samedi suivant par Google! Je viens d'en faire l'expérience ce matin: demandez "Triancey" à Gogol, zou, en moins de deux il vous indique le très beau site du très beau jeu Triancey et les innombrables pages web (enfin, il y en a une) qui en parlent, et ça c'est absolument normal, mais il vous dirige aussi vers ce minable petit blog homonyme de rien du tout. Horreur et désespoir, c'en est fini de mon confortable anonymat. Gnia pas moyen d'être tranquille cinq minutes.

Ca ne me surprend pas vraiment, cela dit: Blogger appartenant à Google, il aurait fallu qu'il soit un peu crétin pour ne pas penser à indexer un contenu qu'il stocke sur ses propres disques durs. Mais quand même, je me berçais de l'illusion qu'il attendrait qu'un lien sur une page web quelconque pointe dessus... Eh bien non, chère petite planète Internet: à part moi, et toi à qui je m'adresse par rhétorique, absolument personne n'était censé être au courant de l'existence de ces pages dépourvues d'intérêt. Tant pis! Elles sont quand même déjà indexées, faudra s'y faire.

Google, c'est comme feu la Samaritaine (et pardon pour cet accès de parisianisme, mais bon, c'est un fait, je suis parisien): on y trouve tout, mais on y trouve beaucoup plus facilement n'importe quoi que tout.

vendredi 6 février 2009

Le voyage de M. Dugenou


Quand le vieux con que je suis était petit, on ne nous rebattait pas encore les oreilles des vertus de la loi de l'offre et de la demande, mais on avait quand même déjà rencontré la modernité et le progrès sous la forme des chemins de fer. En ces temps anciens, chère petite planète Internet, les crains étaient tirés par de belles locomotives à vapeur qui faisaient tchouk-tchouk, sentaient le charbon, faisaient de la fumée et donnaient de joyeux coups de sifflet en traversant les campagnes. Alors les indigènes de nos provinces les regardaient passer avec le même regard vide que celui de leurs propres vaches, ils leurs faisaient coucou de la main et ils rêvaient d'avoir un jour assez d'argent pour se payer une place dans le monstre de fer.

Le crain, ce n'était pas très cher; ça coûtait tant du kilomètre parcouru. Tu allais à cent kilomètres, tu payais tant; tu allais à deux cent cinquante kilomètres, tu payais deux virgule cinq fois autant. Et c'était comme ça cinquante-deux semaines par an, sept jours sur sept et vingt-quatre heures par jour. Le prix était fonction de la distance, et c'était tellement simple qu'on nous en faisait des problèmes de calcul à l'école publique, gratuite, laïque et obligatoire.

"M. Dugenou, qui est voyageur représentant placier, va devoir pour ses affaires parcourir l'itinéraire Paris - Limoges - Bordeaux - Toulouse - Sète - Marseille - Lyon - Dijon - Paris. Ces étapes mesurent 230 km en moyenne. Sachant que la SNCF facture 30 anciens francs du kilomètre parcouru, calcule et exprime en francs nouveaux la somme que M. Dugenou devra débourser pour effectuer son voyage."

Et le vieux con que j'étais, qui était aussi le premier de la classe, répondait aussi sec: "Il y a huit étapes et non pas neuf car c'est un problème d'intervalles classique, la distance totale est donc de 230 km fois huit, je pose zéro, trois fois huit 24 je pose 4 je retiens 2, deux fois huit seize et deux 18, la distance totale parcourue par monsieur Dugenou est donc de 1840 km, que multiplie le tarif de 30 anciens francs du kilomètre, ça nous fait au total... je pose les deux zéros, trois fois quatre douze je pose 2 je retiens 1, trois fois huit vingt-quatre et un vingt-cinq je pose 5 je retiens 2, trois fois un trois et deux cinq, ça nous fait 55200 anciens francs, soit 552 nouveaux francs."

Et ouais! On savait le faire!

Si aujourd'hui monsieur Dugenou voulait préparer le même voyage, monsieur Dugenou devrait connaître non seulement la date, mais aussi l'heure de son Paris-Limoges, de son Limoges-Bordeaux, de son Bordeaux-Toulouse, de son Sète-Marseille, de son Marseille-Lyon, etc. Il devrait choisir l'heure en fonction du tarif, sous peine de subir des écarts de prix allant du simple au triple (oui oui: au triple, je ne déconne pas). Il devrait passer à tout le moins une bonne heure à se battre avec le beau site web de la SNCF pour réussir à lui expliquer tout ça sans se gourrer. Il recevrait huit beaux fichiers PDF non échangeables non remboursables, qu'il n'aurait plus qu'à imprimer. Chez lui, hein, la SNCF ne va quand même pas engager des frais en le faisant elle-même.

M. Dugenou pourrait aussi juger plus simple d'acheter une bagnole. A sa place, c'est ce que je ferais.

Je n'aimerais pas être l'instituteur chargé de demander aux élèves de 2009 de calculer le prix du billet de M. Dugenou.

mercredi 4 février 2009

Powerpoint et MP3


Quoi de plus ennuyeux qu'un diaporama Powerpoint, surtout quand il est écrit en Arial sur fond blanc? Même quand le bazar a été concocté par un professeur du Collège de France (Gérard Berry), ça reste a priori un sommet d'illisibilité. Seulement quand ce "support de cours" est accompagné du cours lui-même, déclamé avec la vraie voix du vrai professeur, ça acquiert tout de suite un tout autre poids. Le PDF est là, le MP3 correspondant est là. L'un ne va pas sans l'autre, mais les deux ensemble sont largement aussi intéressants que la plupart des vidéos que tu télécharges à longueur de journée sur YouTube, chère petite planète Internet.